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Troubles de l’alimentation : comment favoriser sa socialisation ?

Un travail sur son autonomie lui permettra de rester à table et d’y prendre plaisir

Il ne peut pas manger comme les autres, il en met partout et bave beaucoup. Bref, ses troubles de l’alimentation sont un obstacle à son épanouissement social. Un travail sur son autonomie lui permettra de rester à table et d’y prendre plaisir.

Éduquez… l’entourage

« Souvent, quand l’enfant a des difficultés pour manger, on observe qu’il ne participe plus aux repas en famille, note Isabelle Barbier, orthophoniste. Dommage ! Si l’on veut préserver la notion de plaisir dans l’alimentation et favoriser sa socialisation, il ne faut pas écarter l’enfant des repas collectifs. Même s’il mange mal, même s’il en met partout. » Ses troubles ne doivent pas non plus le priver des sorties et moments conviviaux autour de l’alimentation. « Quand c’est possible, que l’enfant n’est pas en difficulté, j’encourage les familles à organiser des pique-niques, à aller au restaurant, indique Isabelle Barbier. À condition de prendre les dispositions pour que tout se passe bien : emporter les ustensiles pour couper ou écraser les aliments, prévoir une paille, etc. »

À table, aidez-le à ressentir plus finement ce qu’il a dans la bouche

On joue avec la nourriture !

« Plus l’enfant gagnera en autonomie autour de la table en famille, plus il sera accepté plus tard dans d’autres cercles sociaux », rappelle Isabelle Barbier. Et ça commence dès le plus jeune âge ! « J’utilise beaucoup le jeu comme une introduction à l’alimentation, explique l’orthophoniste. Cela débute par les jeux tactiles de transvasement. L’enfant manipule des graines, du riz. Il plonge ses mains dans la nourriture, la “patouille”, s’en amuse. Puis, ces jeux se poursuivent avec la manipulation des ustensiles : le verre, la cuillère, etc. L’idée est que l’enfant s’en saisisse et les mette en scène. Qu’il fasse semblant de donner à manger à son père, à sa mère, à ses frères et sœurs. De cette façon, il va apprivoiser les outils et les gestes, il va se sentir de plus en plus à l’aise au moment du repas. »

Aidez-le à ne plus baver

Bien sûr, le bavage perturbe l’échange social autour d’un bon repas. Il existe pourtant des solutions. « D’abord, il faut déterminer si l’enfant ne souffre pas d’un reflux gastro-oesophagien ou de problèmes dentaires, indique Isabelle Barbier. Certains enfants bavent pour se protéger de la douleur. Ensuite, il est parfois utile de réaliser un travail de stimulation pour une meilleure fermeture de la bouche et pour une meilleure déglutition. Enfin, je préconise souvent de donner à l’enfant un bavoir ou un foulard pour protéger ses vêtements et éviter qu’il ne soit mouillé. Ou encore des poignets de tennis en éponge, et de l’encourager à s’essuyer la bouche. Ainsi, il peut prendre conscience de son problème et gagner en autonomie. Par ailleurs, frotter ses lèvres contre un tissu est une stimulation sensorielle intéressante qui l’incitera à refermer la bouche. Ces solutions sont insuffisantes, notamment chez l’enfant polyhandicapé ? Il existe des patchs (sur prescription médicale) à placer derrière l’oreille, qui réduisent la production de salive. Ces derniers peuvent d’ailleurs être utilisés de façon ponctuelle, pour un événement particulier. »

Si l’on veut préserver la notion de plaisir et favoriser sa socialisation, il ne faut pas écarter l’enfant des repas collectifs

Maladies métaboliques : responsabilisez-le

Et s’il doit suivre un régime drastique qui le contraint à faire continuellement attention à son alimentation ? C’est le cas s’il est atteint d’une maladie héréditaire du métabolisme. La tyrosinémie ou la leucinose par exemple, dans laquelle l’organisme est incapable de métaboliser les protéines. Il est nécessaire de préparer un menu particulier pour chaque repas (au gramme près). Sans quoi le risque est grand de provoquer une détérioration neurologique irréversible ou un coma. Là encore, n’écartez pas votre enfant du repas familial, même si des aliments « interdits » se trouvent sur la table. Il est important de l’informer et de le responsabiliser. Pour cela, n’hésitez pas à vous aider d’ouvrages spécialisés. Par exemple, l’album Ninon, petit panda mignon, où la leucinose est une vilaine sorcière…, à consulter sur le blog de son auteur.

Conseils pratiques sur l’alimentation

  • Pendant les repas, détendez-vous et mettez de côté certains principes éducatifs comme manger proprement ou finir son assiette. L’important, c’est le plaisir.
  • Proposez-lui des jeux de société autour de l’alimentation. Vous pourrez par exemple télécharger un jeu de cartes et un puzzle sur le site de l’association Les Feux follets.
  • Impliquez ses frères et soeurs dans le régime de l’enfant, en leur proposant de participer à l’élaboration des repas.
  • Si, pour une occasion (un anniversaire, par exemple), vous lui donnez une paille pour boire, donnez-en aussi à ses petits camarades. Il ne se sentira pas stigmatisé.
  • Adaptez le plus tôt possible les couverts, pour développer son autonomie. Posez la question à un ergothérapeute.
Pour les nutritionnistes, on mange à table et à heure fixe, on ne se ressert qu’une seule fois et seulement si on a faim

Avis d’expert

À la maison, ça se passe bien. Mais dans son établissement, comment savoir ?

Irène Benigni est diététicienne en maison d’accueil spécialisée (MAS).
« Si votre enfant maigrit ou, tout simplement, ne grossit ou ne grandit pas, c’est une alerte. Quelquefois, il est vrai que le repas se passe mieux à la maison, parce qu’on est en petit comité, parce que les parents adaptent les repas, etc. En établissement, cette question est encore insuffisamment prise en compte, et rares sont les endroits où il existe un diététicien et où les cuisiniers sont considérés comme des partenaires de l’alimentation. L’environnement est lui aussi important. La plupart du temps, le repas se déroule dans une salle où tous les enfants sont réunis, alors que l’on mange mieux dans une atmosphère calme où la relation individuelle est entretenue. Aussi, j’encourage parents et professionnels à dialoguer sur cette question fondamentale. Un enfant qui s’alimente mal ne sera pas disponible pour des activités éducatives. Ne dit-on pas : “Ventre affamé n’a pas d’oreilles…” »