1. Accueil
  2. Autres
  3. Tâches : chez vous, qui fait quoi ?

Tâches : chez vous, qui fait quoi ?

C’est fréquemment la mère qui prend en charge l’enfant durant la journée
Photo

Choisie ou subie, une organisation se met en place dans le couple dès l’arrivée d’un enfant. Quand le handicap s’en mêle, la répartition des rôles entre mère et père devient plus essentielle encore. Mais selon quels critères s’opère-t-elle ?

Le partage des tâches, éternel et vaste débat… Si la question peut se poser dès la formation du couple, elle prend toute sa dimension lorsqu’un premier enfant vient au monde. Selon l’Observatoire des inégalités, la spécificité des rôles qui avait pu s’établir entre le père et la mère s’accentue alors, l’écart se creuse – et rarement à l’avantage des femmes. Premier constat : une partie d’entre elles réduisent ou arrêtent leur activité professionnelle à la naissance de l’enfant. Une option qui devient souvent une obligation lorsqu’il souffre d’un handicap.

L’emploi du père privilégié

Certes, il arrive que les pères fassent de même. Mais, dans notre société construite sur le modèle patriarcal, l’employeur considérera mieux la demande d’une mère pour un temps partiel. Plutôt que celle d’un père pour plus de disponibilité. L’aspect pratique fait le reste : soins, rééducation, matériel, école spécialisée… Le handicap a un coût, et les couples, logiquement, privilégient l’emploi de celui qui gagne le plus. C’est-à-dire, dans la majorité des cas, celui de l’homme.

Le partage des tâches prend toute sa dimension lorsqu’un premier enfant vient au monde
Photo © Istock

Avec papa, le côté ludique

C’est donc fréquemment la mère qui prend en charge l’enfant durant la journée, assurant les soins, les repas, les consultations. À 29 ans, Sébastien Dhaisne, moniteur-éducateur, a des horaires parfois difficiles. « La répartition est beaucoup plus polarisée quand il y a un handicap, estime-t-il. C’est ma femme Ludivine qui s’occupe des rendez-vous chez le kiné ou le psychologue. Je prends le relais quand je peux, mais c’est rare. » Résultat : les moments que passe Sébastien avec Océane, leur petite fille de 17 mois atteinte d’une holoproencéphalie semi-lobaire (une maladie génétique rare), sont surtout l’occasion d’activités ludiques. « Au dîner par exemple, comme elle ne me voit pas beaucoup, elle rigole avec moi. Elle préfère jouer que manger. De fait, c’est souvent maman qui gère les repas. »

Un modèle standard ?

On retrouve là, en partie, la « spécialisation classique observée dans la majorité des familles, remarque le psychologue et psychothérapeute Gérard Poussin. La mère va plus s’occuper des soins du corps, de la nourriture ; le papa sera davantage dans le mouvement, la sociabilisation, l’ouverture vers l’extérieur. » Une question de sensibilité naturelle ? Sans doute, mais, si les modes d’interaction de chaque parent avec son enfant sont spécifiques, les modèles évoluent. L’organisation qui se met en place devient surtout le fait des disponibilités de l’un et de l’autre. Ainsi, bien que son travail complique son implication, Sébastien compense ses absences au moment des vacances ou des week-ends. « Quand on sort ou quand on fait des activités, on le fait ensemble, tous les trois. On est solidaires. »

Dans un couple, les faiblesses de l’un sont compensées par les forces de l’autre
Photo © Istock

À chacun ses tâches

Parents d’un petit Victor de 5 ans, IMC, Karine et Nicolas Majoux sont progressivement parvenus à un égal partage des tâches, facilité par la gestion commune d’un hôtel-restaurant. « Le handicap a amélioré notre organisation, raconte la jeune femme. Avec l’aîné, Nicolas était moins investi. Je m’occupais des inscriptions, du suivi, du médecin, et lui des activités. J’ai été très surprise de son implication auprès de Victor. Aujourd’hui, nous nous répartissons mieux les responsabilités et les tâches. »

Facilités = faiblesses

Une répartition décidée – et ajustée – en fonction des compétences et des affinités de chacun. « C’est plus facile pour moi de m’occuper des papiers, car je suis dedans depuis le début. Lui est plus doué en informatique. Je fais les activités manuelles, lui les sorties en quad… » Ainsi, tous deux ont leur « spécialité » quant aux intervenants. Et parce que « tout dépend du handicap, aussi. On prend les facilités de l’un pour compenser les faiblesses de l’autre. »

Dans le couple, le papa sera davantage dans le mouvement, la sociabilisation, l’ouverture vers l’extérieur.
Photo © Istock

Les pères face au handicap

Si les mentalités changent, si les pères s’impliquent de plus en plus dans les tâches quotidiennes, l’adaptation au handicap peut toutefois se montrer plus difficile pour eux. « Il faut faire une croix sur certaines choses que l’on avait souhaitées, convient Karine. Nicolas sait qu’il ne pourra jamais faire de rugby avec Victor ; du coup, il a acheté un quad. Mais ça ne vient pas toujours automatiquement. De plus, il y a une question de fierté chez l’homme, de représentativité. Et comme la femme a un côté mère louve, elle ne lui donne pas toujours la possibilité de s’investir davantage. Je l’ai fait, et, tout doucement, mon mari est entré dans le jeu. » Les lignes bougent, mais la complémentarité entre les parents reste indispensable au bien-être de l’enfant. À chacun de trouver le rôle qui lui convient dans une triade père-mère-enfant forcément bousculée.

Témoignage

« II est mal à l’aise avec son fils »

Florence est la mère d’Aloïs, 13 ans, atteint de myopathie.

« Quand nous avons appris la maladie d’Aloïs, Jean-Luc et moi avons tous les deux réduit notre activité professionnelle – moi surtout, car mon salaire était moins élevé que le sien. Mais il avait du mal à savoir quoi faire avec Aloïs, comment s’occuper de lui.
Il n’arrivait pas vraiment à trouver sa place de père. Il essayait d’être présent, mais je devais généralement lui dire quoi prendre en charge, il n’y pensait pas spontanément. Petit à petit, il s’est montré moins volontaire et a recommencé à travailler davantage. Peut-être qu’il n’a pas su dépasser sa déception de parent, renoncer à ce qu’il avait souhaité vivre avec Aloïs. Il n’a pas réussi à être un père différent de ce qu’il avait prévu, à faire avec lui d’autres activités que celles dont il avait rêvé. Nous sommes séparés aujourd’hui, et, s’il voit régulièrement son fils, Jean-Luc n’est toujours pas à l’aise avec son handicap. Du coup, il fait le service minimum et assure surtout ce qui ne demande pas trop d’implication affective : l’administratif, l’aspect financier, le côté pratique… Et je m’occupe de tout le reste. »


Références

  • (1)
    > Ces femmes qui en font trop… Réflexion sur le partage des tâches au sein du couple, Catherine Serrurier, éd. La Martinière, 2002, 17 € > Éloge des pères, Simone Korff-Sausse, éd. Hachette Littératures, 2009, 13,50 € > Partage des temps et des tâches dans les ménages, Marie-Agnès Barrère-Maurisson, éd. La Documentation française, 2001, 18 € > Les pères et les mères, Aldo Naouri, éd. Odile Jacob, 2005, 7,50 € > Le vrai rôle du père, Jean Le Camus, éd. Odile Jacob, 2004, 6,30 € > Le père, à quoi ça sert ? La valeur du triangle père6mère-enfant, Simone et Moussa Nabati, éd. Jouvence, 1990, en bibliothèque