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Si l’intégration scolaire en milieu ordinaire ne fonctionne pas ?

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Parfois lors d’une intégration scolaire en milieu ordinaire (ULIS), un retour ou une orientation en établissement spécialisé est finalement préférable. Dès lors, comment accompagner au mieux votre enfant handicapé dans cette étape afin qu’il ne la vive pas comme une sanction ou un échec ?

 

Un retour en établissement spécialisé réussi repose sur le temps consacré à la préparation du projet. L’idée se mûrit par étapes, tout au long de l’année scolaire, parfois sur deux ans. Pour avancer, parents et enfants sont invités à entrer en contact avec les équipes d’un établissement comparable à celui susceptible d’accueillir l’élève. Mais, pour ne pas créer d’espoirs vains en cas de liste d’attente, mieux vaut éviter les visites sur place. Il ne faut pas non plus hésiter à se mettre en relation avec d’autres familles, avec d’autres jeunes, à consulter les forums de discussion sur le Net. Au fil des rencontres et des échanges, les craintes se dissipent, la réalité prend le pas sur les fantasmes. Il ne s’agit pas d’enjoliver la réalité, mais de dédramatiser, de briser les idées reçues. Aujourd’hui, la plupart des institutions s’inscrivent dans une dynamique d’ouverture. L’établissement spécialisé n’est donc pas forcément synonyme de renoncement. L’enfant y trouvera aussi un environnement plus sécurisant, avec des équipes pluridisciplinaires rodées et formées aux particularités de son handicap.

Confronter Lulu à de lourds handicaps : craintes par procuration ?

Pour convaincre son enfant, il faut d’abord être convaincu soi-même. Or, Philippe, psychologue au sein d’un IME, constate que « les parents projettent souvent leurs propres réticences ». Ce sont les a priori évoqués précédemment, la crainte de confronter son enfant à des jeunes plus lourdement handicapés, la peur de l’orienter vers une voie de garage, sans formation, sans diplôme, sans avenir. Les questions se bousculent, alimentées par le désir légitime de se maintenir dans la « norme ». Gwenn, maman de Cannelle, une fillette autiste, a vécu ce dilemme : « En CP, j’ai lutté avec ardeur pour que ma fille aille en ULIS. Je ne pouvais pas me résoudre à l’idée qu’elle soit exclue du système. Mais, en réalité, nous avons vécu l’enfer, elle n’était pas à sa place. Aujourd’hui, j’ai décidé d’arrêter ce combat inutile. On me propose une place en IME et je suis terriblement soulagée. J’ai enfin achevé mon travail de deuil ! »

 Le retour en établissement spécialisé va bien se passer

Pour Lulu, quitter l’école, c’est renoncer à ses habitudes, à ses copains, parfois à sa famille lorsqu’il est accueilli en internat. C’est aux parents de conduire le changement de manière positive. Les intervenants (ergo, kiné, psy…) prennent aussi le relais, parce que la parole des proches ne suffit pas toujours. Cette synergie favorable l’aidera à accepter l’idée que la vie à l’école – et à plus forte raison au collège – est plus exigeante, plus éprouvante aussi, qu’en établissement spécialisé.

Une prise en charge scolaire, médicale et psychologique

Au sein d’un établissement, la prise en charge n’est pas seulement scolaire (des professeurs de l’Éducation nationale donnent des cours dans certains IME). Elle assure les soins, y compris psychologiques, dont l’enfant a besoin (même si ces services sont, bien sûr, assez proches de ceux dispensés dans le cadre de la collaboration ULIS-Sessad). On y encourage son autonomie, ses tâches quotidiennes, ses déplacements, ses loisirs. Il pratiquera des activités sportives dont il était parfois exclu à l’école. Sans oublier la préparation au parcours professionnel. Pour Mylène, éducatrice spécialisée, « l’IME n’est pas un tunnel noir et sinistre, sans avenir ni perspective. Il faut arrêter de croire que les jeunes que nous accueillons cessent d’apprendre et de progresser. » Damien, trisomique, se dit soulagé : « C’était bien, l’école, mais maintenant, au moins, mes copains sont comme moi. » Il préfère l’esprit de camaraderie à la solitude ressentie autrefois.

De vraies passerelles entre ULIS et IME

N’oublions pas que, grâce à un système de passerelles ou de temps partiel entre ULIS et IME, l’orientation en établissement spécialisé n’est pas obligatoirement radicale ou définitive. « C’est vrai que si je ne pensais pas à son avenir, explique la maman de Killian, scolarisé à mi-temps en ULIS et en IME, je l’aurais laissé en ULIS à plein temps. Mais son IME n’est pas mal du tout, il fonctionne à peu près comme l’école, si ce n’est que les éducateurs sont moins exigeants, que l’ambiance est un peu plus cool. Alors, certes, les enfants progressent moins vite sur certains points, mais je pense que c’est un bon équilibre pour Killian. »

Témoignage de professionnel

Véronique, assistante sociale au sein d’un Sessad de L’Adapt .

 «  Parfois, ce n’est qu’une décision temporaire »

« Je rencontre deux ou trois jeunes par an qui sont orientés vers des établissements spécialisés. Cela se décide, en général, à la fin du primaire. Il s’agit le plus souvent d’élèves qui rencontrent de grosses difficultés scolaires ; ils peuvent continuer à apprendre, mais ont bien du mal à absorber les rythmes, malgré les adaptations et les compensations. C’est important de donner du sens à cette proposition, de ne surtout pas la considérer comme un échec, mais comme une réelle opportunité pour faire autrement. Cette décision est parfois temporaire : elle permet au jeune de faire une pause au sein de l’institut, quitte à revenir ensuite en ULIS. J’ai suivi un petit garçon dont le parcours en maternelle avait été compliqué. Il a fait son début de primaire en établissement. Mais notre projet initial était de le réintégrer en ULIS, et l’objectif s’est réalisé. Cela marche dans les deux sens : un autre enfant avait commencé son parcours scolaire en milieu spécialisé et a fini par intégrer une ULIS. Depuis sept ans, je n’ai jamais été confrontée à aucun refus, parce que nos équipes ont toujours pris le temps et le soin d’accompagner les familles. »


Références

  • (1)
    • La proposition d’orientation vers un établissement spécialisé est très souvent suggérée par l’enseignant, puisqu’il se trouve en première ligne pour détecter les retards éventuels. Mais ce n’est évidemment pas à lui de prendre cette décision. Les parents doivent se rapprocher de l’enseignant référent. Il appartient alors à ceux qui souhaitent suivre cette voie de déposer un dossier auprès de la MDPH. C’est ensuite la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) qui statue sur la meilleure solution pour l’enfant. L’équipe de suivi de la scolarisation, dont fait partie l’enseignant, est consultée pour avis. Il faut savoir que la décision finale appartient aux parents et que l’enfant en âge d’être scolarisé ne peut être exclu de son école sans leur consentement.