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Repas et handicap : comment éviter les fausses routes ?

Il est sujet aux fausses routes, parfois indétectables, qui entraînent des troubles respiratoires et des risques d’étouffement… Et si vous mettiez tout en œuvre pour que l’angoisse quitte la table ?

Mâche-t-il bien ?

Le préalable à un repas serein est de garantir la sécurité de son enfant. C’est-à-dire avant tout d’écarter le risque de fausse route (lorsque l’aliment s’introduit dans la trachée au lieu de l’œsophage). Première règle : faire évaluer ses capacités de mastication auprès d’un médecin ou d’un professionnel de l’équipe compétent en la matière (un ergo, un kiné, etc.).
« Chez l’enfant polyhandicapé ou IMC, il arrive que les lésions cérébrales atteignent la motricité de la langue, qui ne se déplace plus sur le côté, explique Thierry Rofidal, médecin coordonnateur en MAS et en IME. Ses capacités de mastication s’en trouvent diminuées et ses apprentissages limités : souvent, alors, l’enfant avale tout rond ce qu’on lui propose… Il faut qu’un aliment soit correctement mâché. Plus de vingt-cinq fois pour certaines textures. Et bien lubrifié par la salive pour qu’il soit propulsé de façon efficace sans se disperser. »

Manger en toute sécurité nécessite aussi de manger sans stress

La texture qui « passe »

« Un enfant dont la mastication est impossible et dont la langue ne peut se déplacer que d’avant en arrière doit recevoir une alimentation mixée : les aliments sont broyés avec un mixeur puissant afin que toutes les particules aient la même consistance lisse, poursuit Thierry Rofidal. Par contre, un enfant dont la mastication est très déprimée mais dont la langue se déplace latéralement peut bénéficier d’une alimentation moulinée : tous les aliments qui s’écrasent dans l’assiette avec une fourchette sont servis tels quels, mais bien cuits. Seuls les autres aliments (viandes, légumes à fibres longues, fruits durs) sont traités au mixeur jusqu’à l’obtention d’une texture qui conserve un relief, mais sans morceaux (comme le hachis parmentier). »

Soignez sa posture pour favoriser la déglutition

« Outre l’adaptation des textures, la position à table est une priorité absolue pour prévenir les fausses routes, indique Thierry Rofidal. L’installation doit éviter l’extension du cou. En effet, lorsque la tête est penchée en arrière, la déglutition est beaucoup plus difficile. L’épiglotte ne peut pas basculer et fermer les voies respiratoires, la fausse route est alors favorisée. Au contraire, je préconise que l’angle formé par l’axe du dos et l’axe de la tête soit inférieur à 180 degrés, c’est-à-dire, si le dos est vertical, que la tête soit légèrement penchée en avant et le menton incliné vers le bas. » Problème : lorsque la fermeture de la bouche ne se fait pas correctement, les aliments ont tendance à chuter. « Dans ce cas, il faut prévoir d’incliner l’enfant en arrière, très largement parfois, afin qu’il garde les aliments en bouche et déglutisse sans problème. »

Au repas, soyez zen !

Manger en toute sécurité nécessite aussi de manger sans stress… « Le plaisir que prend un enfant à être à table est souvent le miroir de celui de ses parents, note Thierry Rofidal. S’il ressent chez sa mère ou son père angoisse ou culpabilité, il y a un fort risque que l’enfant soit tendu et stressé pendant le repas. Ce qui peut présenter un danger. De même, certains parents portent un regard péjoratif sur une texture modifiée. Parce que le mixé évoque la petite enfance alors que leur enfant est déjà grand. Là encore, l’enfant risque de mal vivre son repas. Les parents peuvent se faire aider quand ils se sentent en difficulté, pour se débarrasser d’un sentiment de culpabilité, et surtout goûter les aliments qu’ils donnent à leur enfant pour se réconcilier avec la modification de texture. »

Et à table ?

  • Aidez-le à ressentir plus finement ce qu’il a dans la bouche, en améliorant son information sensorielle. Les goûts forts, piquants ou épicés lui faciliteront la tâche, tout comme les goûts sucrés-salés et doux-amers.
  • Même chose pour les boissons : préférez l’eau gazeuse ou gélifiée. En revanche, évitez les sirops, qui entraînent surpoids ou caries dentaires.
  • Ne mélangez pas les textures. Une purée qui « dissimule » des morceaux risque de créer une confusion et représente un danger.
  • Interrogez son orthophoniste pour connaître les exercices destinés à développer sa sensibilité buccale : des pressions avec une brosse à dents ou une cuillère (fine et en plastique !) à l’intérieur de la bouche, etc.
Plus l’enfant gagnera en autonomie autour de la table en famille, plus il sera accepté plus tard dans d’autres cercles sociaux

Témoignage

« Malgré tout, Inès aime manger et montre son plaisir »

Luc est le papa d’Inès, 8 ans, polyhandicapée.
« Ma fille ne mâche pas les aliments. Au début, on a essayé les ateliers “cric-croc” proposés par une association près de chez nous. Ils visaient à stimuler sa mastication. Ce type d’exercices se poursuit aujourd’hui dans son IME. Malgré ça, Inès rechigne à utiliser ses dents. Elle préfère écraser la nourriture avec la langue sur le palais. Du coup, on a très vite mixé les aliments. Reste le problème de la déglutition, qui nous contraint notamment à gélifier tous les liquides. Pourtant, malgré toutes ses difficultés, Inès aime manger. Son plaisir est manifeste. On tient à entretenir ce plaisir en lui faisant goûter un maximum d’aliments. »