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Maison partagée : récit de la nouvelle vie de Lucie

Les maisons partagées, un lieu ou valides et handicapés vivent sous le même toit
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Lucie, 32 ans, est née prématurée. Son diagnostic d’infirmité motrice cérébrale est tombé quand elle avait un an. Aujourd’hui, elle vit dans une maison partagée (entre valides et handicapés) de l’association Simon de Cyrène, à Angers. Elle n’y serait pas si…

…Si elle n’était pas née prématurée

La maman de Lucie a accouché alors qu’elle n’était qu’à six mois et demi de grossesse. Grande prématurée, Lucie avait toujours des difficultés pour se tenir assise seule à un an et son infirmité motrice cérébrale (IMC) s’est révélée ainsi. Aujourd’hui, même si elle fait quelques pas avec un déambulateur ou appuyée sur quelqu’un, elle évolue la plupart du temps en fauteuil.

…Si Laurent de Cherisey n’avait pas fondé une association pour sa soeur

Confronté aux difficultés de sa soeur, victime d’un grave traumatisme crânien après un accident de la route, Laurent de Cherisey a fondé l’association Simon de Cyrène, en réponse aux personnes lésées cérébrales (traumatisme crânien, accident vasculaire cérébral, IMC…) qui souhaitent habiter chez elles sans être seules. Les maisons partagées entre personnes handicapées et valides en sont aujourd’hui le fer de lance. « Elles placent la fraternité au coeur du processus. Avec elles, la personne fragile va briser la solitude qu’elle redoute. Et la personne valide va dépasser sa peur de la différence. Il ne faut pas oublier qu’on est tous fragiles à un moment ou à un autre de notre vie et ces maisons permettent à tous d’affronter ses peurs et ses fragilités, explique le fondateur. Elles créent une vraie dynamique sociale. Les personnes handicapées ne sont pas uniquement entre elles, comme coupées de la société. Elles partagent la vie quotidienne avec des valides, pour qui c’est un lieu d’engagement très fort. »

…Si elle n’avait pas connu l’établissement spécialisé auparavant

Lucie raconte qu’elle est « passée par la case établissement, là où ceux qui nous font les soins et nous aident sont toujours considérés comme du personnel médical. Avec le temps, des rapports amicaux s’installent entre nous mais cela n’a rien à voir avec ce que je vis dans la maison partagée où je considère chaque personne comme un membre de ma famille. »

Dans la maison, chacun a son intimité et son chez soi et on partage les repas
Photo Adrien Daste

…Si elle n’avait pas suivi une formation pour devenir autonome

La jeune fille est parvenue à poursuivre une scolarité normale dans sa ville natale jusqu’en classe de troisième, avec un détour de quelques années à Limoges pour trouver un collège adapté. « Je suis très fière d’être parvenue jusqu’au BEPC. Ensuite, mes capacités physiques ne m’ont pas permis de poursuivre. J’ai suivi une formation à Chinon, à l’institut du Mai. Là-bas, j’ai appris durant cinq ans à vivre avec mon handicap. On nous explique comment se débrouiller seuls, savoir demander de l’aide à l’auxiliaire de vie et aussi gérer nos urgences. Ça m’a permis d’être tout à fait autonome. »

…Si elle n’avait pas vécu neuf ans en appartement

« Comme je pouvais vivre seule, j’ai pris un appartement en 2007 parce que je ne souhaitais pas retourner chez mes parents, qui avaient quitté la région. Je l’ai rendu adaptable à ma situation du mieux possible. Même si tout n’était pas parfait tous les jours, j’y suis restée neuf ans. »

…Si elle ne participait pas aux GEM de Simon de Cyrène

GEM La Vie, pour Groupes d’Entraide Mutuelle. Ce sont des rassemblements de l’association qui permettent aux personnes en situation de handicap de participer à des activités. « J’ai commencé à connaître Simon de Cyrène, il y a quatre ans. Nous partageons encore aujourd’hui des moments réguliers, avec jeux de société et théâtre notamment. Rencontrer des personnes m’a peu à peu donné envie de rejoindre une des structures. »

Les maisons partagées de Simon de Cyrène, ce sont de nombreux moments de fraternité et de partage
Photo Adrien Daste

…Si une première maison n’avait pas ouvert, en 2015

« Quand le premier projet de maison partagée a commencé à se matérialiser à Angers en 2015, mes amis des GEM m’ont incitée à m’inscrire. À ce moment-là, je n’étais pas prête et j’ai préféré voir comment les autres vivaient l’aventure. Leur réussite m’a finalement convaincue que c’était une bonne idée. Et lorsque la seconde maison a ouvert, j’ai déposé un dossier. »

…Si elle n’avait pas souhaité rompre avec la solitude

« Être indépendante en appartement, c’est vraiment valorisant pour une personne en situation de handicap. Mais on est également confrontée à la solitude, au fait de n’avoir personne à qui parler, notamment quand ça ne va pas. De plus, quand les auxiliaires de vie sont là, il faut toujours penser à tout, anticiper, au risque de se retrouver devant un problème insoluble lorsqu’elles seront parties. Avec la fatigue qui s’accumulait et le fait que mon entourage proche n’habite pas près de chez moi, je me suis dit qu’au bout de neuf ans, il était temps de passer à autre chose. »

…Si elle ne trouvait pas entraide et solidarité au sein de la maison

« J’ai emménagé fin août 2016, quinze jours après l’ouverture du lieu. Nous sommes six personnes en situation de handicap et cinq aidants. J’ai un studio de 35 mètres carrés, avec salle de bains, kitchenette et chambre, entièrement indépendant. Et surtout, j’ai trouvé une seconde famille : des liens très forts se sont tissés entre nous et lorsque que quelqu’un ne va pas bien, on le voit tout de suite et on peut l’aider. Ici, j’ai vraiment trouvé ce que je recherchais, un équilibre entre l’établissement et la vie solitaire en appartement. »

Pour les valides qui font partie de l’aventure, les Maisons partagées sont un engagement fort
Photo Adrien Daste

…Si elle n’avait pas conservé une part d’indépendance

« L’avantage de la maison partagée, c’est qu’on côtoie ses voisins quand on le souhaite. On peut aussi sortir comme on l’entend. Le tout, c’est de prévenir pour que les autres ne s’inquiètent pas et ne se mettent pas à nous chercher inutilement (rires). Chacun a la clé de chez soi. J’ai ma liberté, on me laisse faire ce que je veux mais le gros avantage, c’est que si j’ai besoin de quelque chose, quelqu’un sera là pour m’aider à toute heure. »

…Si elle ne partageait pas des moments insolites

« Depuis que j’ai emménagé, il a fallu un temps d’adaptation. Pas facile d’avoir été seule pendant longtemps et de devoir (ré) apprendre à vivre en communauté. En quelques mois, j’ai traversé des expériences insolites et fortes. Nous sommes notamment allés témoigner dans une classe de troisième du collège Saint-Augustin, avec Jonathan, le responsable de la maison. Ils effectuaient un travail autour du rapport au corps et s’interrogeaient sur la manière dont les adolescents perçoivent leur vie lorsque leur corps change. Ils m’ont demandé comment le handicap avait pu ou non changer ma perception. C’était une belle expérience que je n’aurais jamais vécue si je n’avais pas habité en maison partagée ! »

Vincent Huchon


Références

  • (1)
    Les maisons partagées sont un programme de l’association Simon de Cyrène qui s’adressent aux personnes IMC ou victimes d’un AVC. Les personnes en situation de handicap qui y vivent payent leur loyer grâce aux APL et à l’AAH. Nul besoin d’être adhérent pour prétendre y habiter. Plus d’informations : www.simondecyrene.org