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Handicap et vie de couple : une relation plus forte après l’annonce

Tous les couples connaissent des crises, près de la moitié d’entre eux n’y résistent pas. Mais après l’annonce du handicap de leur enfant, les parents qui ont dépassé cette épreuve se trouvent parfois plus soudés encore.

Le couple face au handicap d’un enfant

Pour les parents, l’annonce du handicap de leur enfant est un moment particulièrement difficile, une période où reste en suspens la question « Pourquoi nous ? ». Mais il arrive que l’interrogation et le sentiment d’injustice se tournent en une belle conclusion: « nous vivons cette situation ensemble et c’est notre enfant », permettant au couple de se réunir autour de cette acceptation. « Les parents d’enfants handicapés vont alors se fortifier pour donner le maximum à leur enfant, explique Maryse Pascau, conseillère conjugale et familiale et directrice de l’AFCCC (association française des centres de consultation conjugale) du Gers. C’est souvent dans les épreuves que l’on se soude. On se parle, on s’épaule, on s’écoute davantage… » De fait, entre le travail, les visites chez le kiné et autres professionnels, les repas et soins divers, l’emploi du temps est tel qu’il est plus pratique d’être au moins deux pour y faire face. Avec le handicap, que devient la relation conjugale ? Il dévoile d’autres facettes de soi et de l’autre.

Communiquer est devenu un besoin

« Il faut de l’amour, bien sûr, continue Maryse Pascau. Mais tout dépend aussi de la façon dont on vit son couple, si on est solidaire, à l’écoute, ou si on se centre sur sa douleur. » Danièle et Yannick parlaient très peu, auparavant. Lorsque leur fils a été diagnostiqué dyspraxique, puis que Danièle s’est elle-même découvert une dyslexie compensée, le couple a bien changé. « Communiquer est devenu un besoin. Mon mari m’aide beaucoup, me récite les règles orthographiques… ça nous a soudés. » Isabelle et Jean-Christophe ont d’emblée fait front à deux, unis pour Louka, petit bonhomme de 9 ans atteint du syndrome de Prader-Willi. « Je pense qu’implicitement notre amour pour notre fils et notre volonté qu’il soit le plus heureux possible font que nous allons tout mettre en œuvre pour vieillir ensemble », résume Isabelle.

Ma jalousie a disparu

Vivre une réalité difficile entraîne la redéfinition du couple comme du seuil de tolérance de chacun. Le choix de continuer ensemble suppose une volonté tenace, qui permet finalement de ne pas s’arrêter sur ce qui n’en vaut pas la peine. « Les choses qui étaient importantes à une époque, par exemple la carrière, deviennent désuètes, constate Philippe. J’ai l’impression que nous avons beaucoup avancé, nous essayons de construire, quoi qu’il arrive. On ne va pas se séparer parce que les chemises ne sont pas repassées… » Investis dans la mission qu’ils se sont donnée, Philippe et son épouse Anne-Hélène ne se voient pas l’un sans l’autre. Et s’ils étaient déjà très proches avant la naissance de leur fille, dépasser l’épreuve de son handicap les a empêchés de s’éloigner et de se disputer pour des broutilles. « Pas par obligation envers Hermance, précise Anne-Hélène, mais parce qu’il est évident que “c’est l’autre”. Moi qui étais jalouse, par exemple, je ne le suis plus du tout. Je n’imagine pas que Philippe puisse partir avec quelqu’un d’autre. »

Conserver une vie de couple avec un enfant handicapé

« Certains couples rejouent avec l’enfant la fusion des débuts avec un nourrisson, car ils veulent le protéger, analyse Maryse Pascau. Ils prennent conscience qu’ils ont un enfant “pour la vie” et n’imaginent pas toujours ce que sera le futur quand il deviendra adulte. » Ce qui peut laisser le couple dépourvu lorsque son petit, grandissant malgré tout, rejoint par exemple une institution. « Il y a un risque pour ceux qui se sont construits en tant que couple parental, note la conseillère conjugale. Ils connaissent alors le fameux syndrome du nid vide, car le ciment du couple n’est plus là. à l’inverse, d’autres parviendront à retrouver un peu de temps pour une vie à deux. Mais cela nécessite de se construire aussi en tant que couple amoureux. Autrement dit, même si le quotidien reste très lourd, même si le désir que l’enfant soit au mieux l’emporte, il est essentiel de se rappeler que des parents ont aussi besoin de conserver ce « nous » si précieux et de penser aussi à eux.