1. Accueil
  2. Psycho
  3. Face au handicap, y’a-t-il égalité parfaite entre fille et garçon ?

Face au handicap, y’a-t-il égalité parfaite entre fille et garçon ?

En matière de handicap, la question du genre est souvent un sujet complexe à aborder
Photo

Vous aviez rêvé d’une petite fille. Mais pas qu’elle serait handicapée… Dès lors, allez-vous vous projeter de la même manière ? Et part-elle forcément dans la vie avec les mêmes chances qu’un petit garçon souffrant de handicap ?

Les images du handicap jouent en faveur des garçons

Premier constat (on s’en doutait un peu) : les illustrations présentes à la télévision ou dans les livres ne sont pas très féministes. Pour le psychanalyste Frédéric Vincent, « il y a une représentation iconographique très forte de personnages masculins handicapés, comme le professeur Xavier que l’on retrouve dans X-Men de Marvel. La présence plus forte des hommes handicapés à l’écran ou dans les bandes dessinées peut aider à accepter le handicap de son bébé petit garçon ». On sera, de fait, peut-être moins protecteur avec lui qu’avec une petite fille. On lui fera plus confiance, estimant qu’il aura des appuis pour s’en sortir dans la vie. Même différence si l’on s’intéresse à la réussite des personnes en situation de handicap. « Les hommes sont davantage mis en avant (Philippe Croizon, Stephen Hawking…) et ils deviennent des icônes pour les parents d’enfants en situation de handicap. Notamment pour le père, qui idéalisait forcément sa relation avec son fils et qui va pouvoir s’accrocher à l’espoir de le voir réussir malgré le handicap. »

Notre histoire personnelle avec le handicap compte dans notre perception

Face au handicap à la naissance, la psychanalyste Catherine Vanier estime que « la réaction sera largement fonction de l’histoire personnelle de chacun. Dans une famille traditionnelle, très attachée à la transmission du patronyme, le père va fonder beaucoup d’espoirs sur son garçon. Il va donc sans doute avoir du mal à vivre son handicap au quotidien. Tout comme le père qui a déjà plusieurs filles et qui voulait à tout prix un garçon. Idem chez les parents qui avaient espéré une fille parce qu’ils estiment que le lien serait plus tendre et chaud avec elle : ils vont peut-être avoir plus de mal lorsque le handicap sera annoncé ». De l’idéalisation à la réalité, il y a toujours une différence.

La future femme est souvent doublement handicapée

Pour Maudy Piot, féministe, il n’y a pas de doute : la représentation sociale du handicap est très différente selon qu’il s’agit d’une petite fille ou d’un petit garçon. « La parité n’existe pas encore dans notre société et le handicap s’ajoute à cette différence. La petite fille part avec un désavantage dans la société et son handicap va devenir une deuxième discrimination. On n’accueille malheureusement pas les petites filles handicapées à bras ouverts. » Dès lors, comment faire pour combler ce fossé, notamment par l’éducation ? Maudy Piot plaide pour une dose supplémentaire de féminité. « Les petites filles ont besoin de s’affirmer comme telles. Il faut leur proposer des robes, du maquillage quand elles en ont envie. La confiance en soi passe aussi par le look. Des stylistes commencent à imaginer de jolis vêtements pour filles handicapées et il faut en profiter. Avant, c’était toujours le jogging moche et asexué. »

Petite fille handicapée, mère désemparée

Maudy Piot concède que « la mère devra de toute façon faire le deuil de l’enfant parfait qu’elle attendait. Ce sera plus compliqué s’il s’agit d’une petite fille car elle sait qu’elle va avoir plus de difficultés dans la vie : beaucoup moins de métiers sont ouverts aux filles, en particulier avec un handicap. Il y a aussi plus de discrimination dans les salaires et dans la maternité. Alors qu’on va féliciter un homme handicapé d’avoir eu un enfant, on va dire à une femme handicapée qu’elle exagère et que son enfant va peser sur la société puisqu’elle s’en occupera mal ! Les mères craignent tous ces préjugés et elles ont peur aussi que leur fille handicapée soit violentée ou maltraitée ». Quatre femmes handicapées sur cinq sont victimes de violences, « Et ça commence très jeune, avec de la maltraitance », affirme Maudy Piot, président de la FDFA. Alors, comment compenser tous ces mauvais présages autour du berceau ? « Dépasser à la fois la question du sexe de l’enfant, mais aussi celle de son handicap, estime la psychanalyste Sandrine Bracq-Meeschaert. Regarder son enfant comme ayant une histoire à vivre et se demander alors comment l’accompagner au mieux. »

Souvent, les pères d’enfants handicapés refusent de communiquer

Frédéric Vincent, psychanalyste

Lorsque le handicap est dévoilé, les mécanismes de défense qui se mettent en place sont similaires chez le père et la mère. Mais une fois l’annonce digérée, le père est plus souvent désemparé. Car tandis que les mères vont se relever et se battre, les pères, eux, deviennent en général taiseux et ne livrent pas toujours leurs sentiments. La situation sera sûrement encore plus compliquée à vivre si c’est une petite fille qui est handicapée. Car la volonté initiale du père de la couver et de la protéger du monde extérieur es t grandement remise en cause.

Vincent Huchon


Références

  • (1)
    > FDFA, fdfa.fr, contact@fdfa.fr, 01 40 47 06 06
  • (2)
    Merci à Frédéric Vincent, psychanalyste à Paris (75), Sandrine Bracq-Meeschaert, psychanalyste à Marcq-en-Baroeul (59), Maudy Piot, présidente de l’association « Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir » (75), Catherine Vanier, docteur, en psychologie (75).