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Danse et handicap : pour mieux maîtriser son corps et ses émotions

Avec la danse, le geste n’est plus un fardeau, il est mis en valeur
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Le monde extérieur l’effraie, il ne supporte pas le contact physique. Ses gestes sont brusques et maladroits, ses colères fréquentes. La danse l’aidera à identifier et apprivoiser ce qu’il ressent.

Se réapproprier son corps

Chez un enfant qui souffre de troubles sensorimoteurs ou cognitifs, la représentation du corps dans l’espace est souvent défaillante. Avec la danse, « en atelier, nous proposons aux participants d’expérimenter des positions en relation avec le lieu : se rouler contre les murs, ramper au sol, etc., explique Ephtimia Dimitriou, danseuse et art-thérapeute intervenante auprès de déficients intellectuels dans un ESAT. L’idée est de les aider à appréhender l’espace sans en avoir peur et à mieux s’y repérer. ».

Une meilleure connaissance de soi

L’expression corporelle porte aussi sur la connaissance de soi. « J’ai travaillé récemment en séance individuelle avec un jeune homme qui a toujours peur d’être bousculé, raconte Ephtimia Dimitriou. Nous avons initié un jeu de ballon, durant lequel j’exerçais une pression sur une partie de son corps – l’épaule, le genou, etc. – à tour de rôle avec la cothérapeute. Au final, l’objectif était qu’il prenne conscience de sa capacité à résister. Ce type de travail induit un sentiment de sécurité. On passe par le corps pour renforcer l’enveloppe psychique. »

Avant de l’inscrire dans la durée, proposez-lui une ou deux séances d’essai
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Apprendre à contenir ses émotions

L’expression corporelle vise aussi à mieux identifier ce qui se passe à l’intérieur de soi, pour mieux le gérer. « Nous travaillons sur la mise en mouvements des émotions, explique Ephtimia Dimitriou. Un ado handicapé en colère l’exprime parfois de façon inopportune. En tapant sur les murs ou en explosant à n’importe quel moment. En atelier, on a le droit d’exprimer cette colère. À condition de “l’embarquer” dans un processus artistique, par exemple en imaginant des mouvements de repoussoir. »

Établir des limites

Elle poursuit : « Par ailleurs, cette colère ne peut s’exprimer que dans un endroit circonscrit, sur un tapis, par exemple. Ainsi, les enfants peuvent sauter dessus, le piétiner, lui donner des coups de pied. Ce qui se joue est fondamental : le jeune apprend à établir des limites entre une émotion et une autre. On constate des répercussions intéressantes dans le quotidien : un enfant qui se contient et ne laisse éclater sa colère qu’une fois arrivé dans sa chambre. »

Diluer les gestes spastiques

A priori, les gestes involontaires sont un obstacle à l’harmonie d’une chorégraphie. Pas en danse-thérapie. « Lorsqu’un enfant souffre de troubles spastiques, l’idée est d’utiliser ses gestes pour les fondre, les diluer dans le mouvement, explique Ephtimia Dimitriou. Et en proposant, par exemple, à l’ensemble du groupe de le reprendre. Pour une fois, le geste n’est plus un fardeau, mais il est mis en valeur. Résultat : l’attention de l’enfant est détournée, et, souvent, le problème s’atténue. »

L’expression corporelle vise aussi à mieux identifier ce qui se passe à l’intérieur de soi, pour mieux le gérer
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Éliminer les TOC

Même chose avec un TOC. « Je pense à une petite fille de 5 ans qui avait tendance à lancer brusquement sa tête en arrière, au risque de se faire mal, raconte Ephtimia Dimitriou. Je lui ai proposé un jeu, chacune devant répéter les mouvements de l’autre. Mes gestes étaient ronds et harmonieux, et de plus en plus lents. Progressivement, elle a réussi à les intégrer. Elle est alors parvenue à adoucir ses mouvements saccadés, jusqu’à les faire disparaître. »

Travail sur l’image de soi

« L’expression corporelle est aussi l’occasion de poser un regard différent sur soi-même, note Céline Jeandenant, art-thérapeute à Paris. Dans un atelier, on met en scène le corps en le valorisant. Pour une personne handicapée, c’est une occasion de mieux s’aimer et de restaurer l’estime de soi. » Les effets sont d’ailleurs tangibles. « J’utilise parfois le miroir présent dans la salle : je demande aux participants de s’avancer vers lui en dansant, de se regarder tout en prenant part à la danse proposée, note Ephtimia Dimitriou. Certains y prennent goût, je vois notamment des jeunes filles s’approprier, petit à petit, leur féminité. »

Avec la danse, la représentation du corps dans l’espace est moins défaillante
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Vers quelle discipline se diriger ?

  • Les troubles de votre enfant doivent vous guider. Il peine à se situer dans l’espace et se sent mal au sein d’un groupe ? Dirigez-vous vers l’expression corporelle ou théâtrale. S’il est angoissé, pensez à l’art plastique. S’il ne sait pas communiquer ses émotions, la musicothérapie semble indiquée, etc.
  • Le choix se fera en accord avec l’équipe de soins qui l’entoure et, bien entendu, son pédiatre ou son pédopsychiatre. Prenez conseil auprès d’eux.
  • Soyez attentif à ses envies et prenez garde de ne pas le mettre en échec (évitez l’atelier d’écriture s’il ne maîtrise pas le vocabulaire et écrit avec lenteur !).
  • Proposez-lui une ou deux séances d’essai, avant de l’inscrire dans la durée.

Témoignage

« Tout le monde peut danser »

Céline Jeandenant est art-thérapeute à Paris.
« On parlera plutôt ici d’expression corporelle ou de danse-expression. Oui, tout le monde peut s’exprimer par le biais du mouvement, aussi léger soit-il. Bien sûr, on s’adapte au handicap, mais on s’aperçoit que l’expression corporelle est souvent l’occasion de dépasser un certain nombre de limites. À partir du moment où l’on connaît mieux son corps, où l’on a envie de s’en servir, le champ des possibles s’ouvre. Par exemple, la motricité d’un enfant peut s’améliorer par le simple fait d’imaginer une histoire et de la mettre en scène : des mouvements nouveaux peuvent apparaître, qui élargiront son potentiel.