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Portrait de Ruben, bénévole Asperger à Handicap International

Lyon, Rhône, France, 21 juillet 2016
Photo

Ruben, 28 ans, autiste Asperger, veut devenir autonome. Mieux ! Il veut un emploi et un appartement. En attendant un contrat de travail, Ruben travaille comme bénévole à Handicap International. Rencontre matinale avec un employé modèle.

9 heures, au siège de Handicap International, Lyon 8ème. Ruben est le sujet du reportage photo du prochain numéro de Déclic. À mes côtés, Bruno Amsellem, photographe, qui a accepté de suivre ce jeune collaborateur associatif pour les besoins du magazine, le temps d’une matinée. Installés dans une salle de réunion, nous attendons  cinq minutes… puis dix…  que Ruben pointe le bout de son nez. « Il va arriver ! », nous rassure Nadia Hassine, responsable du traitement administratif. Quinze minutes plus tard notre jeune bénévole arrive plus motivé que jamais à apporter son aide à Handicap International. « C’est à cause des problèmes dans le métro, s’excuse-t-il. »

Un autisme diagnostiqué tardivement

Employé volontaire, Ruben est Asperger depuis peu. «  J’ai été diagnostiqué en septembre 2014, validé en janvier 2015. Ça a changé ma vie », confie-t-il. Ça se passait comment avant ? « J’étais souvent dépressif, ne comprenant pas ce qui m’empêchait d’avancer dans ma vie. J’étais suivi par un psychiatre, mais jamais le mot « autisme » n’a été prononcé, jusqu’en 2014. Depuis deux ans, je suis officiellement Asperger. Ça explique mes problèmes de motricité, et ma praxie. J’ai eu du mal à accepter le handicap au tout début, puis je l’ai vécu comme un vrai soulagement ! Depuis deux ans je sais qui je suis. Depuis deux ans je peux envisager l’avenir. »

« Avant d’être Asperger, j’échouais »

« Le diagnostic autistique a changé mon plan de vie. Aujourd’hui, je me sens mieux. ». Passionné de cinéma, Ruben a intégré une école il y a quelques années. Sans succès. « Mes problèmes de motricité freinaient mon apprentissage. » Avant cela, le collège a lieu aussi été une étape difficile. « C’est à ce moment-là que j’ai vu mon premier psychiatre. Entrer dans le moule était compliqué pour moi. J’ai ensuite essayé plusieurs emplois, dans les supermarchés, pour de la mise en rayon ou de l’encaissement. Mais il y avait toujours ces problèmes de motricité, et ceux de concentration. Je suis incapable de faire deux choses en même temps !»

La Traboule, structure expérimentale de l’ARHM

Peu après l’établissement du diagnostic, la psychologue clinicienne qui suit Ruben à l’ADAPT dans le cadre d’un Diagnostic d’accès à l’emploi spécifique, conseillé par Pôle emploi, parle de La Traboule (voir encadré) au jeune homme. « Il y a eu un avant/après La Traboule, souligne Ruben, déjà parce qu’avant je ne parlais pas. Je me suis également fait des amis atteints de troubles autistiques qui ont le même vécu, les mêmes difficultés que moi. La structure a élargi mon cercle social. »

Dans les couloirs de Handicap International

Régulièrement, l’association a besoin d’un service bénévole pour mener à bien ses missions. Principaux piliers, les bénévoles participent quand ils le souhaitent, quand ils le désirent, de la mise sous pli au montage de projets, en passant par la sensibilisation. En partenariat avec La Traboule, Handicap International accueille des bénévoles de tout horizon. « Les bénévoles sont extrêmement importants, confie Nadia Hassine, responsable du traitement administratif. La moindre minute qu’ils peuvent nous accorder est essentielle à nos missions. » Après un stage d’évaluation de deux semaines dans l’association via l’ADAPT, Ruben a poursuivi son expérience par du bénévolat. « Il s’est révélé par ses capacités en  bureautique, et d’intégration sociale, explique la psychologue, Handicap International lui a alors proposé de rester dans l’équipe.  C’est une entreprise  partenaire très précieuse, encore trop rares sont celles ouvertes à l’accueil de personnes atteintes d’un handicap psychique. » Une fois par semaine depuis mars 2016, il prend seul le bus, puis le métro depuis l’appartement de ses parents, à 45 minutes des bureaux de l’association, pour y effectuer de la mise sous pli de dossiers de parrainage. « J’aime venir ici, je vois du monde. Ce travail m’aide aussi à progresser dans mes capacités de concentration et de mémorisation. Je pense rester jusqu’à décrocher un CDD en ESAT. »
Aujourd’hui, le courrier à mettre sous pli conte l’histoire de Amina, réfugiée Somalienne au Kenya avec sa famille de quatorze membres. Handicap International y détaille les difficultés de sa vie, et de celle de son père alité,  de sa sœur sourde et de son fils atteint d’une paralysie cérébrale, dans un pays pauvre. En face de lui Océane, elle-aussi envoyée par La Traboule, atteinte d’un autisme plus sévère, plie l’histoire de Nisan, petit garçon Afghan âgé de deux ans, victime d’un engin explosif qui lui a coûté sa jambe. « C’est affreux ce qui leur arrive, chuchote Ruben. »

Et après ?

11h30. On peut peut-être s’accorder une récré, pas vrai Ruben ? Pour le plus grand bonheur de Bruno, dont la prise de nouvelles photos démangeait, nous nous rendons au rez-de-chaussée, dans le hall d’entrée de Handicap International, pour prendre des photos de notre star d’un jour, amusé par l’exercice. L’occasion pour moi de reprendre la conversation où nous l’avions laissée. Tu veux faire quoi, Ruben, plus tard ? « J’aime bien l’informatique, mais peu m’importe, tant que je deviens autonome. J’ai simplement besoin de tâches répétitives. Ça me rassure. » Alors le cinéma, ton premier amour, c’est fini ? « Pas vraiment, j’écris des scénarios de science-fiction que je poste sur des forums et des réseaux sociaux. C’est ma petite victoire à moi. »

Vanessa Cornier


La Traboule, structure expérimentale de l’ARHM

  • Elle accueille, dans le département du Rhône, jusqu’à 33 jeunes adultes autistes de type Asperger, âgés de 20 à 30 ans.
  • Psychologue, psychiatre, orthophoniste, ergothérapeute et éducateur spécialisé, les accompagnent vers un maximum d’autonomie sociale, professionnelle, médicale et éducative. L’équipe intervient au domicile, sur le lieu ressource du service ainsi que sur tous les lieux où s’exercent ces activités.
  • 50% des usagers sont en activité entre formation, contrat  en CDD ou CDI en milieu ordinaire ou adapté.
  • La Traboule a mis en place des partenariats avec des associations, des entreprises privées, des laboratoires, ou encore la Ville de Lyon, dans le cadre de ses missions d’accompagnement professionnel.
  • Pour être admis il faut disposer d’une notification de la MDPH.> En savoir plus sur La Traboule