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Autisme – apprentissage : l’approche individualisée, ça marche

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Une approche individualisée inspirée du programme Teacch est de plus en plus mise en place dans les établissements. C’est le cas à L’Ombelle, centre d’accueil de jour pour jeunes adultes, près de Lyon.

 

Des activités du quotidien pour apprendre

Quand Lisa, 25 ans, récolte les framboises dans le jardin de L’Ombelle – le centre qu’elle rejoint chaque matin de semaine –, elle travaille sa motricité fine. Le jardinage, comme toutes les activités, est une approche de l’autonomie. Quand la fleur s’est transformée en pomme, Lisa apprend les saisons. Quand Albert ramasse les feuilles mortes, il trie. Lorsqu’il tond, il envisage le jardin dans son espace. En atelier, lors de la confection d’objets en papier mâché, chacun s’oblige à rester assis, à se servir des deux mains avec plus ou moins de force et de précision. Déchirer du carton, du papier, le froisser est ici possible. Le travail de groupe est valorisé, chacun a sa fonction : déchirer, faire passer, mettre la colle, coller.

Adapter les outils de communication à chacun

Les outils pour communiquer sont adaptés à chacun, sous forme de tableau ou de casiers. : planning de la journée, procédure d’un exercice en atelier, recommandations pour mettre la table… La lecture sera horizontale, verticale, de gauche à droite ou vice versa. Un jeune qui a du mal à conceptualiser trouvera des photos (d’un détail ou de l’objet entier, selon ce qui lui permet de le différencier), plus concrètes, plutôt que des pictogrammes, plus symboliques. S’il ne comprend pas les supports visuels représentatifs, il se réfère à un casier où il saisit un objet ; un clou arrondi veut dire : « C’est le moment de l’atelier bricolage. » Selon le degré d’autonomie, c’est le jeune ou l’éducateur qui actualise le programme.

Valoriser les apprentissages réussis ?

Les ateliers se déroulent en trois temps, en vue d’augmenter les occasions de réussite et donc l’estime de soi. Le jeune commence par une tâche qu’il maîtrise (par exemple, découper du carton), seul. L’éducateur accomplit avec lui une deuxième tâche qui est en cours d’acquisition. Puis le jeune réalise seul une tâche qu’il sait faire. C’est une manière de valoriser l’apprentissage. La gratification est alors de savoir faire de nouvelles choses. S’il apprend à lacer ses chaussures, le jeune en comprend d’emblée les bénéfices : mettre ses chaussures quand il veut, se préparer seul à sortir, ne pas attendre que quelqu’un le lui fasse, etc. L’enfant trouve aussi une valorisation dans la relation adulte-adolescent, dans l’attention qu’on lui porte. Concrètement, l’encadrant montre au jeune qu’il est fier de lui, le félicite. Le projeter vers des tâches plus ambitieuses peut aussi servir d’encouragement.

Place aux récompenses ?

Si Mehdi débarrasse les assiettes, à table (même avec l’aide de l’éducateur), il ira au kiosque acheter son magazine de sport. Il s’agit là d’une récompense. Elle sert de renforçateur en déplaçant, c’est-à-dire en « soutenant », la motivation du jeune par rapport à une activité face à laquelle il ne trouve pas d’intérêt direct. Pour le motiver à utiliser une cuillère (s’il n’y trouve pas d’intérêt), on lui promet de visionner son dessin animé préféré (il y prend du plaisir). Les récompenses sont personnelles ; pour fonctionner, elles tiennent compte des goûts de l’enfant et de son niveau de compréhension. Si ce dernier est très immédiat, on donne tout de suite quelque chose qui plaît au jeune. Puis, progressivement, on lui en demande davantage pour la même récompense. « Une récompense aide à accéder à une nouvelle compétence. Quand la compétence est acquise, on l’arrête car on n’en a plus besoin », explique Nicole Mathieu, chef de service à L’Ombelle. À l’apprentissage suivant correspondra alors, éventuellement, une autre récompense.

Faire des pauses dans l’apprentissage : comment et pourquoi ?

La vie collective, hyperstimulante, peut être fatigante pour un jeune autiste. Le lieu d’apaisement, à l’écart, peut avoir plusieurs fonctions : aider à se concentrer ou servir de refuge lorsque le jeune en sent le besoin, et ainsi prévenir la survenue de troubles du comportement. Ce lieu ressource est parfois un espace que l’on isole par un paravent, dans un coin de chaque pièce, avec un fauteuil, un matelas et un casque à disposition. En été, ce pourra être une tente dans le jardin. Ou encore une salle réservée où le jeune sait que s’y trouvent une tente, un matelas, une couverture alourdie, du papier à déchirer et un punching-ball. Des outils sont utilisés pour équilibrer la sensibilité sensorielle : si cette dernière est excessive sur le plan auditif, l’isolation sonore apporte du calme.

Pour les parents, le récit par l’image

Des photographies montrent aux familles les jeunes en action pendant les activités : en train de découper du papier, de ramasser des fruits, etc. Diffusées devant l’ensemble des usagers, elles sont un support pour échanger sur les attitudes et les aptitudes des jeunes au sein de l’institution, parfois différentes de celles manifestées à la maison. C’est aussi un temps collectif où les parents peuvent situer leur enfant et prendre du recul sur certains aspects de son comportement. En cas de besoin, un reportage vidéo sur des séquences précises qui impliquent le jeune au sein de la structure permet de mieux définir avec la famille le projet d’accompagnement.

Témoignage de maman

Marguerite, maman de Garo, 26 ans, autiste, à L’Ombelle depuis son ouverture fin 2009.

« L’apaisement éprouvé lui a permis une ouverture vers les autres »

« Même si Garo travaillait à la maison par la méthode Teacch, son entrée à L’Ombelle a changé nos vies. Avant, il n’arrivait pas à attendre, même si j’essayais de le lui apprendre. Il était hyperactif, ne voulait pas s’asseoir. Cela l’a apaisé et lui a permis une ouverture sur son environnement. Il a appris à être autonome, à attendre, à s’asseoir et à faire des choses avec les autres. À la maison, il prend sa douche, s’habille, se déshabille, mange et se sert de l’eau tout seul. Il a pris conscience de ses besoins, et c’est lui qui décide s’il doit manger, s’il a envie de sortir. Je veux qu’il travaille sur la propreté. Comme cet apprentissage doit avoir lieu à la maison et au centre, cela fait partie du projet de l’année à L’Ombelle. L’établissement écoute nos demandes et reste ouvert sur l’extérieur. Les jeunes font des balades, du sport, ils vont à la piscine, au cinéma, font les courses, cueillent des fruits… »


Références

  • (1)
    Merci à Nicole Mathieu, chef de service et infirmière de L’Ombelle (CAJ), Marie-Éve Richardier, directrice de La Rose des sables (FAM et CAJ), Joe Dambon, directrice du RIPI esi (établissement expérimental pour enfance handicapée du type Sessad) et de la Maison d’Hestia (MAS) et Aurore Chanrion, psychologue, spécialisée dans la prise en charge de l’autisme.
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