1. Accueil
  2. Loisirs
  3. Pour toute la famille
  4. Activité aquatique – handicap : on plonge en famille !

Activité aquatique – handicap : on plonge en famille !

Photo

De nombreuses activités aquatiques pour les petits (y compris en situation de handicap) se développent. L’occasion de partager une belle complicité avec son enfant.

Rendez-vous au bassin

Paul, infirme moteur cérébral, gigote de bonheur dans l’eau, sourire aux lèvres et palmes aux pieds, tandis que Juliette, non-voyante, se déplace aisément autour de ses repères matériels. Enfants autistes et psychotiques s’approprient une nouvelle façon de jouer. De jeunes polyhandicapés réalisent des mouvements qui leur étaient jusqu’alors impossibles.
Dans des bassins sécurisés et chauffés (au sein des piscines municipales le plus souvent), la Fédération des activités aquatiques d’éveil et de loisir (FAAEL) propose aux parents de se retrouver une fois par semaine dans l’eau avec leur bambin.

Loin du cours de natation !

Malgré la dénomination courante de « bébés nageurs », pas question d’apprendre à nager. Il s’agit simplement de permettre aux membres de la famille de prendre du plaisir ensemble. L’objectif est de faire en sorte que l’enfant se sente bien dans l’eau, détende son corps par le jeu et non par la rééducation, en respectant son rythme et ses peurs. L’éveil sensoriel et moteur suit naturellement, du fait des expérimentations que l’enfant ne manque pas de faire, stimulé par le matériel.

Une équipe auprès des parents

L’équipe d’animateurs bénévoles (au minimum un pour huit familles, dont au moins un diplômé fédéral) est le plus souvent constituée d’éducateurs, de kinés, de psychomotriciens, de psychologues ou de médecins. Son rôle est de conseiller la famille, de favoriser la communication dans l’eau, de montrer le positionnement de la tête, mais ce sont toujours les parents qui s’occupent de leur enfant, et non l’animateur.

« Elle prend conscience de son corps »

Au fil des séances, papa et maman arrivent petit à petit à laisser le jeune se débrouiller un peu plus par lui-même. Alice, porteuse d’une trisomie 21, avait 1 an lors de sa première expérience.

Elle n’était vraiment pas à l’aise dans l’eau, restant toujours pendue à mon cou, se souvient sa mère. Elle a appris progressivement à me lâcher, même si, cinq ans après, Alice a toujours peur du milieu aquatique. Toute seule, elle se sent plus sûre avec la “frite”, elle bouge les jambes, prend conscience de son corps.

Dans l’eau, on est plus libre

Libérés de la pesanteur, les enfants appréhendent les choses plus facilement, gagnent en autonomie et en socialisation. Antonin, petit garçon infirme moteur cérébral de 7 ans, a connu les joies de l’eau dès ses premiers mois. En plus d’une balnéothérapie régulière avec un kinésithérapeute, il profite de la piscine municipale avec sa maman et ses frères et sœurs, en dehors de tout club de bébés nageurs.

« Il fait des choses que je n’espérais pas »

Voir les autres enfants le stimule. De plus, il réalise qu’il peut tenter, hors de l’eau, ce qu’il fait à la piscine. Jeux de ballon, canards flottants… Nous nous amusons bien tous ensemble, cela resserre les liens de la fratrie, relate Annie, sa maman. Antonin a également appris à mettre la tête sous l’eau, ce que je n’espérais pas. À partir du moment où l’eau touche son nez, il bloque sa respiration.

À chacun sa façon de nager

« Les enfants porteurs d’un handicap savent trouver leur équilibre aquatique et des modes de propulsion particuliers pour pallier leurs difficultés (redressement, retournement…), en s’aidant des supports de flottaison comme les tapis à trous, souligne Claudie Pansu, ancien maître-nageur, qui a travaillé dès 1968 sur la mise en place d’activités aquatiques pour les plus jeunes ».
Bébé nageur depuis quatre ans, Élisa, 7 ans, souffre d’un polyhandicap. Elle aime jouer avec les boudins flottants, adore battre des pieds, glisser sur le toboggan… et même partir sous l’eau, accompagnée.
« Sentir ses difficultés motrices s’atténuer dans ce milieu est pour elle un vrai plaisir et l’aide à trouver un sens à ce qu’on lui demande de faire une fois au sec », constate sa maman.

L’eau, enveloppante et rassurante

Certains enfants conservent la crainte de l’eau très longtemps. Ne jamais les forcer est essentiel. « La plupart des bébés ont, à l’âge de 3 ou 4 mois, une appréhension de l’élément liquide, qui vire à la peur phobique chez certains, des jeunes autistes notamment, précise Claudie Pansu. Parfois, pendant plusieurs séances, il faut se limiter à jouer avec une bassine d’eau, à leur arroser les pieds. Je me souviens d’un enfant qui a tourné autour de la piscine pendant un mois ; sa mère était désespérée, pensant que tout cela ne servait à rien. Puis il est entré dans le bassin petit à petit. Tout doucement, il s’est apaisé. » Les premières réticences passées les qualités enveloppantes de l’eau peuvent avoir un effet rassurant pour le jeune, de même que la serviette de bain hors du bassin.

Tous pareils sous le bonnet de bain

Les parents concernés par le handicap apprécient ce sentiment d’être traités, lors de ces activités, comme n’importe quelle famille. « Les autres parents voient nos enfants joyeux, qui s’amusent comme les leurs. Enfin, ils ne les dévisagent plus avec tristesse, pitié… cette espèce de regard de supériorité face au handicap », se réjouit la maman d’Alice. Même si, parfois, des yeux se détournent.

L’avis de la professionnelle

« Améliorer son image de soi »

Joanne Sosson est psychomotricienne, animatrice et formatrice FAAEL.

Le milieu aquatique facilite la gestuelle, les mouvements, les déplacements, quelles que soient les possibilités musculaires et motrices de l’enfant. Sa spasticité, son hypertonie sont atténuées avec la température de l’eau. Il se dégage ainsi progressivement d’une image du corps lourd et entravé sur terre dans sa mobilité. Sa représentation de soi en est modifiée. Dans les activités de la FAAEL, on rencontre des enfants qui présentent tous les types de handicap. Les contre-indications sont posées par les médecins, mais aussi par les équipes d’animation, en fonction de leurs capacités d’accueil et de leurs compétences. Une vigilance extrême doit être observée dans les cas d’épilepsie, de cardiopathie, de risque de fausse route et de difficultés de déglutition. Pour les petits IMC ou polyhandicapés, une eau à 32 °C est préférable.

En savoir plus

  • La FAAEL, Fédération des activités aquatiques d’éveil et de loisir.
  • L’hôpital de La Roche-Guyon (Val d’Oise) est spécialisé dans la prise en charge en balnéothérapie des jeunes polyhandicapés.