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Les people et le handicap Version imprimable Suggérer par mail
11-01-2010

Ils sont chanteur, comédien, sportif de haut niveau, présentateur, chroniqueur radio… Ils ne sont pas forcément engagés dans la cause du handicap, et pourtant ils sont touchés. Un regard croisé avec un jeune trisomique dans un bus, un sentiment de gêne ou de crainte vécu dans l’enfance, une anecdote émouvante ou amusante… Les « people » dévoilent leur sensibilité.

Azouz Begag est économiste et sociologue, ancien ministre. Il a publié Dites-moi bonjour, chez Fayard.

Azouz Begag« Fernand, un homme non-voyant d’une soixantaine d’années, que j’ai rencontré il y a six mois dans le vestiaire de ma salle de sport à Lyon. On s’est liés d’amitié. Maintenant, chaque fois que je pousse la porte, je lance : « Salut Fernand, c’est Azouz ! » Puis je l’aide à ouvrir son casier, éventuellement à ranger ses affaires. Je lui prête mes yeux… Par contre, j’ai remarqué que les autres membres du club sont embarrassés, ils ne savent pas comment s’y prendre avec lui. Ils ont peur de mal faire ou peut-être de le vexer en lui proposant un coup de main. Et cela donne lieu à des situations absurdes : quand Fernand a manifestement besoin d’aide, mais que personne ne bouge. J’essaye de les décomplexer face au handicap, mais c’est une éducation à faire. »

 

Maud Fontenoy est navigatrice. En 2007, elle s’est distinguée en faisant le tour du monde à la voile à contre-courant.

maud fontenoy Aujourd’hui engagée pour la protection de l’environnement, elle multiplie les actions de sensibilisation. Entre deux rendez-vous, elle nous raconte ce que lui évoque le handicap : « une femme d’exception. Elle s’appelle Dorine Bourneton et est devenue handicapée motrice à 16 ans après un crash. Je l’ai rencontrée à l’enregistrement d’une émission sur Europe 1…

Elle était douce, pimpante, vêtue d’un joli tailleur et bien coiffée. Dans le studio, assise comme elle, je ne voyais plus son fauteuil roulant. J’étais admirative devant son assurance, sa niaque, son énergie. Petite, elle rêvait de suivre les traces de son père pilote d’avion. Malgré l’apparition du handicap dans sa vie, elle a trouvé les ressources pour conduire ses projets les plus ambitieux. A force de ténacité, Dorine est arrivée à ses fins : aujourd’hui, elle est la première femme pilote professionnelle de France. »
 

Daniel Narcisse est le capitaine de l’équipe de France de handball, les Bleus, champions du monde depuis février dernier.


Daniel Narcisse« Juju, un de mes fervents supporters et, petit à petit, un bon pote aussi. Julien est atteint d’arthrogrypose. Il adore le handball, suit tous les matchs et ne rate pas un seul entraînement. Pendant les grandes compétitions, il pense toujours à m’envoyer des messages d’encouragement ou de félicitations. Tous les deux, on aime bien se taquiner : il rit quand je perds grossièrement une balle, et je lui lance des boutades lorsque j’en ai l’occasion. Mon meilleur souvenir avec Juju date de son anniversaire. Avec une bande de copains, on l’avait entraîné au milieu de la piste pour une belle chorégraphie malgré son fauteuil électrique. Nous nous sommes bien amusés, bien qu’il se soit senti très fatigué à la fin du ballet. »

 

 

Jane Birkin, icône de la pop française, a sorti un nouvel album en 2008 et sera en tournée jusqu’à la fin de l’année.

 Jane BirkinEntre deux concerts, elle nous a livré ce que lui évoque le handicap : « Plusieurs adultes et enfants que j’ai croisés ou rencontrés. Mais surtout une réflexion que je me suis faite après m’être mise à la place d’une personne handicapée pendant toute une journée…

Grâce à cette imposture, je me suis rendu compte à quel point rien n’est adapté au handicap. J’ai notamment compris que la plus grosse difficulté réside dans le regard des autres. Il change du tout au tout ! Le taxi fait mine de ne pas nous voir, les passants préfèrent regarder l’accompagnateur, certains changent de trottoir… Heureusement qu’il y a des petites associations formidables pour accompagner les familles déconcertées et quelques individus pour décocher un sourire, donner de l’aide ou dire un mot agréable ! »
 

Charlotte de Turckheim, réalisatrice et comédienne, est actuellement en tournée avec son nouveau spectacle : Ça va nettement mieux !


 Charlotte de Turckheim« Une partie de mon public : tous les soirs, des jeunes et moins jeunes gens handicapés viennent voir mon spectacle. Ils sont placés au premier rang, font beaucoup de bruit et de grands gestes. Au départ, cela me gênait un peu, mais je m’y suis accoutumée petit à petit. J’ai appris à rester décontractée, à les regarder dans les yeux, et parfois même à les entraîner sur scène. Aujourd’hui, je me flatte de les entendre pousser des cris, hurler, rire aux éclats ou se balancer énergiquement. C’est la preuve qu’ils apprécient mon numéro ! »

 

 

 

Anaïs, nouvelle coqueluche de la chanson française, a sorti son deuxième disque (The Love Album) fin 2008.


Anais« Emma, la fille trisomique d’un copain de mon père. Petites, on se voyait de temps en temps, à l’occasion des dîners organisés par mes parents. Je me souviens d’une préado adorable, qui aimait danser, chanter à tue-tête, jouer. Elle était entière, spontanée. Lorsqu’elle se sentait bien, elle riait fort, et quand ça n’allait pas, elle pleurait beaucoup. Je l’aimais énormément car elle rigolait toujours à mes blagues et adorait mes imitations. Emma était mon meilleur public ! Aujourd’hui, j’ai de moins en moins de nouvelles d’elle. Je sais qu’elle a un copain, qu’elle travaille et vit en autonomie. Je sais aussi qu’elle est encore fan de moi : son père m’a avoué qu’elle crânait souvent en disant aux gens de son entourage que je suis sa copine d’enfance. Et ça me flatte toujours autant ! »

 

Hélène MédigueHélène Médigue, actrice dans la série « Plus belle la vie », sur France 3.

« Vincent, mon grand frère autiste. Une sacrée personnalité. Amoureux des paillettes, de la scène, des chansons. Il a intégré une troupe d’acteurs professionnels valides et handicapés avec qui il jouait des spectacles. Ado, il était fou de Claude François et imitait ses chorégraphies. Aujourd’hui, c’est un fervent admirateur de Johnny Hallyday, dont il voit absolument tous les concerts. Il se balade toujours avec un dictionnaire sous le coude, son livre fétiche, qu’il aime lire et relire. Vincent connaît un vocabulaire exceptionnel et récite par cœur la liste des départements français. Et puis surtout il a un grand cœur, et une conscience extraordinaire de la vie et des gens. »

 

Noëlle Bréham, qu’est-ce que le handicap évoque pour vous ?

Noëlle Bréham« Je pense à mon amie déficiente visuelle. Une femme tonique, intelligente, avec une vraie force de caractère. Je l’ai rencontrée très jeune, à France Inter, dans le cadre de l’émission “Comme à la radio”. Son projet de présenter des expositions m’a touchée. Cet hiver, nous avons visité Alexandrie. Il y avait une statue fascinante, une grande femme avec un voile transparent. Les mots me manquaient devant la splendeur du spectacle, j’ai marmonné : “Il faut que tu la touches.” Exceptionnellement, elle a pu le faire. Quand elle est montée sur le podium, tous les visiteurs se sont tus. Une scène magnifique. Nous rêvions tous de faire pareil. L’un d’entre eux lui a alors crié : “Merci, vous l’avez touchée pour nous.” »
Retrouvez Noëlle Bréham dans « Silence, ça pousse ! » les samedis de juillet et août à 10 h 40 sur France 5.

 

Karine Lemarchand,, animatrice des magazines “Les maternelles” et “On n’est pas que des parents” diffusés de 9 heures à 11 heures, les lundi, mardi, jeudi et vendredi sur France 5.

Karine Lemarchand

« Mon histoire personnelle me pousse à percevoir autrement la différence. Depuis sept ans, “Les maternelles” ont proposé vingt-cinq émissions sur les thèmes variés du handicap. Je pense porter un regard neutre, voire positif, sur le handicap. Pourtant, quand j’étais enfant, un homme atteint du syndrome de Gilles de la Tourette passait souvent dans ma rue. Je me souviens que je n’aimais pas ça, il me faisait peur, je le prenais même pour un fou. En réalité, je ne savais pas ce qu’il avait, et c’est seulement plus tard, en regardant une émission à la télé, que j’ai compris. Aujourd’hui, je ne culpabilise pas, mais si j’avais su… j’aurais peut-être réagi différemment. Il est important de connaître pour comprendre. J’espère que j’apporte cet éclairage dans mes émissions. »

 

Alexis Trégarot, animateur de l’émission « Les agités du bocal ».

Alexis Trégarot« Je revois à chaque fête de famille un cousin éloigné de ma femme. Déficient moteur depuis la naissance, il a aujourd’hui 13 ou 14 ans. J’ai longtemps porté, comme beaucoup de gens, un regard plein d’a priori sur les personnes handicapées. Pourtant, quand je me retrouve face à lui, je me rends compte que c’est un jeune homme semblable aux autres. Il est ouvert, épanoui, intelligent, et il aime titiller son entourage. À table, il passe son temps à raconter des histoires drôles. Comme tous les ados de son âge, il s’intéresse aussi beaucoup aux jeux vidéo. Et aux filles… bien plus encore ! Je trouve ça chouette qu’il ait les mêmes centres d’intérêt que ses camarades. En bref, c’est un petit gars ordinaire. »
tous les vendredis à 22 h 30 sur France 4.

 

Karen Guillorel parcourt le monde à pied. Son dernier exploit : Paris-Jérusalem.

Karen Guillorel

« Une attention particulière qu’un jeune autiste a eue à mon égard. Je l’ai croisé près d’Uzès, l’été dernier. Alors que j’avais toujours considéré les personnes autistes comme des gens craintifs qui vivent dans une sphère à part, ce jeune garçon est venu bouleverser en quelques secondes tous mes préjugés sur ce handicap. Nous nous connaissions à peine et il m’avait choisie pour partager son ourson en chocolat. Je me souviens des mots qu’il a prononcés en me tendant la moitié de sa friandise : “Prends la tête, c’est la partie que je préfère !” Ce geste simple, mais totalement inattendu, m’a profondément touchée. »

 

 

 

Lucie Decosse, championne du monde de judo en 2005, médaillée d’argent aux Jeux olympiques de 2008.

Lucie Decosse« Un enfant déficient intellectuel que je fréquentais les mercredis après-midi au centre aéré quand j’étais gamine. Ensemble, on jouait au foot, on courait, on sautait dans tous les sens. À l’époque, comme tous les petits de mon âge, j’aimais bien pointer du doigt les différences. Avec mes autres camarades de jeu, on profitait de son absence pour s’interroger et se moquer de son étrange voix nasillarde. Curieuse, je lui demandais très souvent pourquoi il avait constamment le nez bouché. Incapable de me donner une réponse médicale concrète, ou peut-être par pudeur, il préférait me dire que sa maman avait bu trop de café lorsqu’elle était enceinte. Une drôle de pirouette qui en dit long sur les tabous du handicap ! »

 

 

Alain Baraton, jardinier en chef du domaine national de Trianon et du grand parc de Versailles, chroniqueur sur France Inter les samedi et dimanche de 7 h 45 à 8 heures.

Alain Baraton

« Un regard. Un soir, vers 18 heures, mes yeux ont croisé ceux d’un jeune trisomique qui attendait à l’arrêt de bus, entouré d’une foule monstre, en plein Paris. C’était une rencontre anodine et bouleversante à la fois, courte et fort marquante puisque je m’en souviens encore dix ans plus tard. Ce garçon m’a planté dans les yeux un regard plein de tendresse, puis il m’a lancé un sourire comme on en reçoit rarement : vrai, honnête et totalement désintéressé. Il me l’offrait sans aucune raison, ni pour me saluer, ni pour me remercier, juste pour le plaisir. Je regrette de n’avoir pu immortaliser ce moment avec mon appareil photo. »

 

 

 

Jamy Gourmaud, présentateur de l’émission « C’est pas sorcier ! » sur France 3.

Jamy Gourmaud« Je pense à Régis, trisomique, le frère d’une de mes amies. Je l’ai connu il y a quinze ans. Aujourd’hui c’est un homme indépendant de 35 ou 40 ans. Il vit seul. De temps en temps, je l’invite à manger à la maison. Son trait de caractère le plus marquant ? L’intégrité. De nature franche, il ne cache ni ses prises de position ni ses sentiments. Même quand le moment n’est pas opportun, il lui arrive de serrer fort ses sœurs dans ses bras, simplement parce qu’il en a envie. Lorsqu’il le souhaite, Régis affiche très clairement son avis. Un jour, il m’a avoué qu’il n’aimait pas mon émission “C’est pas sorcier !” et qu’il préférait regarder Claude François danser et chanter. Jamais il ne se demande comme nous autres : “Qu’est-ce qu’on va dire de moi ?” Il exprime librement ses sentiments. »

 

Caroline Tresca, comédienne et écrivain.

Caroline Tresca« Non, parce que j’ai vécu le gouffre de voir mon fils entre la vie et la mort. Il a aujourd’hui 15 ans et commence à voler de ses propres ailes, mais il est né avec une malformation des voies biliaires et une fente labiopalatine. Ma philosophie de la vie m’a permis d’accepter plutôt facilement ce démarrage douloureux : je pense que les enfants ne nous appartiennent pas et que les aléas de la vie sont là pour nous faire grandir. Je ne me souviens pas d’avoir été accablée, certainement parce que, par bonheur, ce n’était pas mon premier enfant. Cette épreuve m’a donné des bottes de sept lieues. J’y ai gagné quinze ans en maturité. Lui n’a pas souffert du regard dur que l’on porte parfois sur la différence, il n’a jamais eu de problème par rapport à son physique. Je lui ai toujours dit qu’il était le plus beau de la maternité. Et c’est vrai, il est très beau ! »

 


Marianne James, chanteuse et membre du jury de « La nouvelle star » sur M6.

Marianne James« Je pense au frère trisomique d’une jeune amie, chanteuse lyrique, chez qui j’allais, dans le Sud, pour répéter des chansons. J’avais une vingtaine d’années environ. Lui en avait quatre de moins. Je me souviens d’un garçon plein d’humour, très coquin, toujours en train de me taquiner. Je portais souvent un kiki dans les cheveux. Et, pour se moquer de ma coiffure, il se mettait des objets quelconques sur la tête. Le courant passait bien entre nous : il me faisait de grands témoignages d’affection, qui se transformaient pour moi en de vraies ruades, car il était très puissant physiquement. Il savait se montrer intelligent, mais partait en “free style” parfois en se montrant ingérable. Avec sa sœur, on essayait de lui expliquer qu’il ne pouvait pas manger sa cuisse de poulet sur la tapisserie, ni faire ce qu’il souhaitait quand il voulait. Je garde un doux souvenir de cette famille forte, soudée, rompue à cette discipline. »


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Chroniqueur au magazine Déclic, Thierry Decloitre, est l’auteur de L’éternelle spectatrice, aux éditions Desclée de Brouwer.
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