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Ils sont chanteur, comédien, sportif de haut niveau, présentateur,
chroniqueur radio… Ils ne sont pas forcément engagés dans la cause du
handicap, et pourtant ils sont touchés. Un regard croisé avec un jeune
trisomique dans un bus, un sentiment de gêne ou de crainte vécu dans
l’enfance, une anecdote émouvante ou amusante… Les « people » dévoilent
leur sensibilité. Marianne James, chanteuse et membre du jury de « La nouvelle star » sur M6. « Je
pense au frère trisomique d’une jeune amie, chanteuse lyrique, chez qui
j’allais, dans le Sud, pour répéter des chansons. J’avais une vingtaine
d’années environ. Lui en avait quatre de moins. Je me souviens d’un
garçon plein d’humour, très coquin, toujours en train de me taquiner.
Je portais souvent un kiki dans les cheveux. Et, pour se moquer de ma
coiffure, il se mettait des objets quelconques sur la tête. Le courant
passait bien entre nous : il me faisait de grands témoignages
d’affection, qui se transformaient pour moi en de vraies ruades, car il
était très puissant physiquement. Il savait se montrer intelligent,
mais partait en “free style” parfois en se montrant ingérable. Avec sa
sœur, on essayait de lui expliquer qu’il ne pouvait pas manger sa
cuisse de poulet sur la tapisserie, ni faire ce qu’il souhaitait quand
il voulait. Je garde un doux souvenir de cette famille forte, soudée,
rompue à cette discipline. »
Hélène Médigue, actrice dans la série « Plus belle la vie », sur France 3.
« Vincent,
mon grand frère autiste. Une sacrée personnalité. Amoureux des
paillettes, de la scène, des chansons. Il a intégré une troupe
d’acteurs professionnels valides et handicapés avec qui il jouait des
spectacles. Ado, il était fou de Claude François et imitait ses
chorégraphies. Aujourd’hui, c’est un fervent admirateur de Johnny
Hallyday, dont il voit absolument tous les concerts. Il se balade
toujours avec un dictionnaire sous le coude, son livre fétiche, qu’il
aime lire et relire. Vincent connaît un vocabulaire exceptionnel et
récite par cœur la liste des départements français. Et puis surtout il
a un grand cœur, et une conscience extraordinaire de la vie et des
gens. » Noëlle Bréham, qu’est-ce que le handicap évoque pour vous ? « Je
pense à mon amie déficiente visuelle. Une femme tonique, intelligente,
avec une vraie force de caractère. Je l’ai rencontrée très jeune, à
France Inter, dans le cadre de l’émission “Comme à la radio”. Son
projet de présenter des expositions m’a touchée. Cet hiver, nous avons
visité Alexandrie. Il y avait une statue fascinante, une grande femme
avec un voile transparent. Les mots me manquaient devant la splendeur
du spectacle, j’ai marmonné : “Il faut que tu la touches.”
Exceptionnellement, elle a pu le faire. Quand elle est montée sur le
podium, tous les visiteurs se sont tus. Une scène magnifique. Nous
rêvions tous de faire pareil. L’un d’entre eux lui a alors crié :
“Merci, vous l’avez touchée pour nous.” » Retrouvez Noëlle Bréham dans « Silence, ça pousse ! » les samedis de juillet et août à 10 h 40 sur France 5.
Karine
Lemarchand,, animatrice des magazines “Les maternelles” et “On n’est
pas que des parents” diffusés de 9 heures à 11 heures, les lundi,
mardi, jeudi et vendredi sur France 5.
« Mon
histoire personnelle me pousse à percevoir autrement la différence.
Depuis sept ans, “Les maternelles” ont proposé vingt-cinq émissions sur
les thèmes variés du handicap. Je pense porter un regard neutre, voire
positif, sur le handicap. Pourtant, quand j’étais enfant, un homme
atteint du syndrome de Gilles de la Tourette passait souvent dans ma
rue. Je me souviens que je n’aimais pas ça, il me faisait peur, je le
prenais même pour un fou. En réalité, je ne savais pas ce qu’il avait,
et c’est seulement plus tard, en regardant une émission à la télé, que
j’ai compris. Aujourd’hui, je ne culpabilise pas, mais si j’avais su…
j’aurais peut-être réagi différemment. Il est important de connaître
pour comprendre. J’espère que j’apporte cet éclairage dans mes
émissions. » Alexis Trégarot, animateur de l’émission « Les agités du bocal ». « Je
revois à chaque fête de famille un cousin éloigné de ma femme.
Déficient moteur depuis la naissance, il a aujourd’hui 13 ou 14 ans.
J’ai longtemps porté, comme beaucoup de gens, un regard plein d’a
priori sur les personnes handicapées. Pourtant, quand je me retrouve
face à lui, je me rends compte que c’est un jeune homme semblable aux
autres. Il est ouvert, épanoui, intelligent, et il aime titiller son
entourage. À table, il passe son temps à raconter des histoires drôles.
Comme tous les ados de son âge, il s’intéresse aussi beaucoup aux jeux
vidéo. Et aux filles… bien plus encore ! Je trouve ça chouette qu’il
ait les mêmes centres d’intérêt que ses camarades. En bref, c’est un
petit gars ordinaire. » tous les vendredis à 22 h 30 sur France 4.
Karen Guillorel parcourt le monde à pied. Son dernier exploit : Paris-Jérusalem.
« Une
attention particulière qu’un jeune autiste a eue à mon égard. Je l’ai
croisé près d’Uzès, l’été dernier. Alors que j’avais toujours considéré
les personnes autistes comme des gens craintifs qui vivent dans une
sphère à part, ce jeune garçon est venu bouleverser en quelques
secondes tous mes préjugés sur ce handicap. Nous nous connaissions à
peine et il m’avait choisie pour partager son ourson en chocolat. Je me
souviens des mots qu’il a prononcés en me tendant la moitié de sa
friandise : “Prends la tête, c’est la partie que je préfère !” Ce geste
simple, mais totalement inattendu, m’a profondément touchée. » Lucie Decosse, championne du monde de judo en 2005, médaillée d’argent aux Jeux olympiques de 2008. « Un
enfant déficient intellectuel que je fréquentais les mercredis
après-midi au centre aéré quand j’étais gamine. Ensemble, on jouait au
foot, on courait, on sautait dans tous les sens. À l’époque, comme tous
les petits de mon âge, j’aimais bien pointer du doigt les différences.
Avec mes autres camarades de jeu, on profitait de son absence pour
s’interroger et se moquer de son étrange voix nasillarde. Curieuse, je
lui demandais très souvent pourquoi il avait constamment le nez bouché.
Incapable de me donner une réponse médicale concrète, ou peut-être par
pudeur, il préférait me dire que sa maman avait bu trop de café
lorsqu’elle était enceinte. Une drôle de pirouette qui en dit long sur
les tabous du handicap ! »
Alain Baraton,
jardinier en chef du domaine national de Trianon et du grand parc de
Versailles, chroniqueur sur France Inter les samedi et dimanche de 7 h
45 à 8 heures. « Un
regard. Un soir, vers 18 heures, mes yeux ont croisé ceux d’un jeune
trisomique qui attendait à l’arrêt de bus, entouré d’une foule monstre,
en plein Paris. C’était une rencontre anodine et bouleversante à la
fois, courte et fort marquante puisque je m’en souviens encore dix ans
plus tard. Ce garçon m’a planté dans les yeux un regard plein de
tendresse, puis il m’a lancé un sourire comme on en reçoit rarement :
vrai, honnête et totalement désintéressé. Il me l’offrait sans aucune
raison, ni pour me saluer, ni pour me remercier, juste pour le plaisir.
Je regrette de n’avoir pu immortaliser ce moment avec mon appareil
photo. » Jamy Gourmaud, présentateur de l’émission « C’est pas sorcier ! » sur France 3. « Je
pense à Régis, trisomique, le frère d’une de mes amies. Je l’ai connu
il y a quinze ans. Aujourd’hui c’est un homme indépendant de 35 ou 40
ans. Il vit seul. De temps en temps, je l’invite à manger à la maison.
Son trait de caractère le plus marquant ? L’intégrité. De nature
franche, il ne cache ni ses prises de position ni ses sentiments. Même
quand le moment n’est pas opportun, il lui arrive de serrer fort ses
sœurs dans ses bras, simplement parce qu’il en a envie. Lorsqu’il le
souhaite, Régis affiche très clairement son avis. Un jour, il m’a avoué
qu’il n’aimait pas mon émission “C’est pas sorcier !” et qu’il
préférait regarder Claude François danser et chanter. Jamais il ne se
demande comme nous autres : “Qu’est-ce qu’on va dire de moi ?” Il
exprime librement ses sentiments. »
Bruno Fontaine, le mage de la série « Kaamelot ».
« Je
pense à mon cousin qui est décédé à 34 ans. On m’a dit qu’il y avait eu
une erreur médicale au moment de l’accouchement, et qu’un caillot de
sang avait lésé son cerveau. Je ne suis pas très famille, mais on s’est
croisés pendant des années. Je l’ai connu comme un enfant, un ado et un
jeune adulte très débrouillard, qui s’est accroché à la vie, alors
qu’on lui prédisait un avenir très court. Il peignait, il a même fait
une petite expo. Avec le recul, je me rends compte qu’il a réalisé
énormément de choses. Quand j’étais petit, il me faisait un peu peur, à
cause de sa voix haut perchée et des grosses colères qu’il piquait. Je
ne comprenais pas très bien pourquoi il s’énervait autant. » Caroline Tresca, comédienne et écrivain. « Non,
parce que j’ai vécu le gouffre de voir mon fils entre la vie et la
mort. Il a aujourd’hui 15 ans et commence à voler de ses propres ailes,
mais il est né avec une malformation des voies biliaires et une fente
labiopalatine. Ma philosophie de la vie m’a permis d’accepter plutôt
facilement ce démarrage douloureux : je pense que les enfants ne nous
appartiennent pas et que les aléas de la vie sont là pour nous faire
grandir. Je ne me souviens pas d’avoir été accablée, certainement parce
que, par bonheur, ce n’était pas mon premier enfant. Cette épreuve m’a
donné des bottes de sept lieues. J’y ai gagné quinze ans en maturité.
Lui n’a pas souffert du regard dur que l’on porte parfois sur la
différence, il n’a jamais eu de problème par rapport à son physique. Je
lui ai toujours dit qu’il était le plus beau de la maternité. Et c’est
vrai, il est très beau ! »
Pascal Bataille, animateur de télévision. « Je
me sens concerné plus que touché. Quand je me fais le relais
d’initiatives dans l’émission « Utile » sur LCI, c’est une affaire
d’engagement citoyen plus que de sensibilité. Je n’ai jamais connu le
handicap de très près. Si ce n’est que j’entends mal d’une oreille et
qu’à 14 ans, après un accident cérébral, j’ai fait l’expérience pendant
quelques semaines d’être totalement sourd. En y repensant, il y a
certainement eu, dans ma vie, des liens qui m’ont rendu attentif. J’ai
une cousine handicapée mentale que je voyais l’été en famille. Et puis,
surtout, mon meilleur ami, entre 8 et 13 ans, avait des séquelles de
polio. Il arrivait à marcher malgré ses déformations. Je me souviens de
parties de foot endiablées dans son jardin, nous étions inséparables.
Mais je n’avais jamais fait le lien entre ces souvenirs et mon
engagement d’aujourd’hui ! »
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