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Les people et le handicap Version imprimable Suggérer par mail
10-11-2008

Ils sont chanteur, comédien, sportif de haut niveau, présentateur, chroniqueur radio… Ils ne sont pas forcément engagés dans la cause du handicap, et pourtant ils sont touchés. Un regard croisé avec un jeune trisomique dans un bus, un sentiment de gêne ou de crainte vécu dans l’enfance, une anecdote émouvante ou amusante… Les « people » dévoilent leur sensibilité. 

Marianne James, chanteuse et membre du jury de « La nouvelle star » sur M6.

Marianne James« Je pense au frère trisomique d’une jeune amie, chanteuse lyrique, chez qui j’allais, dans le Sud, pour répéter des chansons. J’avais une vingtaine d’années environ. Lui en avait quatre de moins. Je me souviens d’un garçon plein d’humour, très coquin, toujours en train de me taquiner. Je portais souvent un kiki dans les cheveux. Et, pour se moquer de ma coiffure, il se mettait des objets quelconques sur la tête. Le courant passait bien entre nous : il me faisait de grands témoignages d’affection, qui se transformaient pour moi en de vraies ruades, car il était très puissant physiquement. Il savait se montrer intelligent, mais partait en “free style” parfois en se montrant ingérable. Avec sa sœur, on essayait de lui expliquer qu’il ne pouvait pas manger sa cuisse de poulet sur la tapisserie, ni faire ce qu’il souhaitait quand il voulait. Je garde un doux souvenir de cette famille forte, soudée, rompue à cette discipline. »

 

Hélène MédigueHélène Médigue, actrice dans la série « Plus belle la vie », sur France 3.

« Vincent, mon grand frère autiste. Une sacrée personnalité. Amoureux des paillettes, de la scène, des chansons. Il a intégré une troupe d’acteurs professionnels valides et handicapés avec qui il jouait des spectacles. Ado, il était fou de Claude François et imitait ses chorégraphies. Aujourd’hui, c’est un fervent admirateur de Johnny Hallyday, dont il voit absolument tous les concerts. Il se balade toujours avec un dictionnaire sous le coude, son livre fétiche, qu’il aime lire et relire. Vincent connaît un vocabulaire exceptionnel et récite par cœur la liste des départements français. Et puis surtout il a un grand cœur, et une conscience extraordinaire de la vie et des gens. »

 

Noëlle Bréham, qu’est-ce que le handicap évoque pour vous ?

Noëlle Bréham« Je pense à mon amie déficiente visuelle. Une femme tonique, intelligente, avec une vraie force de caractère. Je l’ai rencontrée très jeune, à France Inter, dans le cadre de l’émission “Comme à la radio”. Son projet de présenter des expositions m’a touchée. Cet hiver, nous avons visité Alexandrie. Il y avait une statue fascinante, une grande femme avec un voile transparent. Les mots me manquaient devant la splendeur du spectacle, j’ai marmonné : “Il faut que tu la touches.” Exceptionnellement, elle a pu le faire. Quand elle est montée sur le podium, tous les visiteurs se sont tus. Une scène magnifique. Nous rêvions tous de faire pareil. L’un d’entre eux lui a alors crié : “Merci, vous l’avez touchée pour nous.” »
Retrouvez Noëlle Bréham dans « Silence, ça pousse ! » les samedis de juillet et août à 10 h 40 sur France 5.

 

Karine Lemarchand,, animatrice des magazines “Les maternelles” et “On n’est pas que des parents” diffusés de 9 heures à 11 heures, les lundi, mardi, jeudi et vendredi sur France 5.

Karine Lemarchand

« Mon histoire personnelle me pousse à percevoir autrement la différence. Depuis sept ans, “Les maternelles” ont proposé vingt-cinq émissions sur les thèmes variés du handicap. Je pense porter un regard neutre, voire positif, sur le handicap. Pourtant, quand j’étais enfant, un homme atteint du syndrome de Gilles de la Tourette passait souvent dans ma rue. Je me souviens que je n’aimais pas ça, il me faisait peur, je le prenais même pour un fou. En réalité, je ne savais pas ce qu’il avait, et c’est seulement plus tard, en regardant une émission à la télé, que j’ai compris. Aujourd’hui, je ne culpabilise pas, mais si j’avais su… j’aurais peut-être réagi différemment. Il est important de connaître pour comprendre. J’espère que j’apporte cet éclairage dans mes émissions. »

 

Alexis Trégarot, animateur de l’émission « Les agités du bocal ».

Alexis Trégarot« Je revois à chaque fête de famille un cousin éloigné de ma femme. Déficient moteur depuis la naissance, il a aujourd’hui 13 ou 14 ans. J’ai longtemps porté, comme beaucoup de gens, un regard plein d’a priori sur les personnes handicapées. Pourtant, quand je me retrouve face à lui, je me rends compte que c’est un jeune homme semblable aux autres. Il est ouvert, épanoui, intelligent, et il aime titiller son entourage. À table, il passe son temps à raconter des histoires drôles. Comme tous les ados de son âge, il s’intéresse aussi beaucoup aux jeux vidéo. Et aux filles… bien plus encore ! Je trouve ça chouette qu’il ait les mêmes centres d’intérêt que ses camarades. En bref, c’est un petit gars ordinaire. »
tous les vendredis à 22 h 30 sur France 4.

 

Karen Guillorel parcourt le monde à pied. Son dernier exploit : Paris-Jérusalem.

Karen Guillorel

« Une attention particulière qu’un jeune autiste a eue à mon égard. Je l’ai croisé près d’Uzès, l’été dernier. Alors que j’avais toujours considéré les personnes autistes comme des gens craintifs qui vivent dans une sphère à part, ce jeune garçon est venu bouleverser en quelques secondes tous mes préjugés sur ce handicap. Nous nous connaissions à peine et il m’avait choisie pour partager son ourson en chocolat. Je me souviens des mots qu’il a prononcés en me tendant la moitié de sa friandise : “Prends la tête, c’est la partie que je préfère !” Ce geste simple, mais totalement inattendu, m’a profondément touchée. »

 

 

 

Lucie Decosse, championne du monde de judo en 2005, médaillée d’argent aux Jeux olympiques de 2008.

Lucie Decosse« Un enfant déficient intellectuel que je fréquentais les mercredis après-midi au centre aéré quand j’étais gamine. Ensemble, on jouait au foot, on courait, on sautait dans tous les sens. À l’époque, comme tous les petits de mon âge, j’aimais bien pointer du doigt les différences. Avec mes autres camarades de jeu, on profitait de son absence pour s’interroger et se moquer de son étrange voix nasillarde. Curieuse, je lui demandais très souvent pourquoi il avait constamment le nez bouché. Incapable de me donner une réponse médicale concrète, ou peut-être par pudeur, il préférait me dire que sa maman avait bu trop de café lorsqu’elle était enceinte. Une drôle de pirouette qui en dit long sur les tabous du handicap ! »

 

 

Alain Baraton, jardinier en chef du domaine national de Trianon et du grand parc de Versailles, chroniqueur sur France Inter les samedi et dimanche de 7 h 45 à 8 heures.

Alain Baraton

« Un regard. Un soir, vers 18 heures, mes yeux ont croisé ceux d’un jeune trisomique qui attendait à l’arrêt de bus, entouré d’une foule monstre, en plein Paris. C’était une rencontre anodine et bouleversante à la fois, courte et fort marquante puisque je m’en souviens encore dix ans plus tard. Ce garçon m’a planté dans les yeux un regard plein de tendresse, puis il m’a lancé un sourire comme on en reçoit rarement : vrai, honnête et totalement désintéressé. Il me l’offrait sans aucune raison, ni pour me saluer, ni pour me remercier, juste pour le plaisir. Je regrette de n’avoir pu immortaliser ce moment avec mon appareil photo. »

 

 

 

Jamy Gourmaud, présentateur de l’émission « C’est pas sorcier ! » sur France 3.

Jamy Gourmaud« Je pense à Régis, trisomique, le frère d’une de mes amies. Je l’ai connu il y a quinze ans. Aujourd’hui c’est un homme indépendant de 35 ou 40 ans. Il vit seul. De temps en temps, je l’invite à manger à la maison. Son trait de caractère le plus marquant ? L’intégrité. De nature franche, il ne cache ni ses prises de position ni ses sentiments. Même quand le moment n’est pas opportun, il lui arrive de serrer fort ses sœurs dans ses bras, simplement parce qu’il en a envie. Lorsqu’il le souhaite, Régis affiche très clairement son avis. Un jour, il m’a avoué qu’il n’aimait pas mon émission “C’est pas sorcier !” et qu’il préférait regarder Claude François danser et chanter. Jamais il ne se demande comme nous autres : “Qu’est-ce qu’on va dire de moi ?” Il exprime librement ses sentiments. »

 

Bruno Fontaine, le mage de la série « Kaamelot ».

Bruno Fontaine

« Je pense à mon cousin qui est décédé à 34 ans. On m’a dit qu’il y avait eu une erreur médicale au moment de l’accouchement, et qu’un caillot de sang avait lésé son cerveau. Je ne suis pas très famille, mais on s’est croisés pendant des années. Je l’ai connu comme un enfant, un ado et un jeune adulte très débrouillard, qui s’est accroché à la vie, alors qu’on lui prédisait un avenir très court. Il peignait, il a même fait une petite expo. Avec le recul, je me rends compte qu’il a réalisé énormément de choses. Quand j’étais petit, il me faisait un peu peur, à cause de sa voix haut perchée et des grosses colères qu’il piquait. Je ne comprenais pas très bien pourquoi il s’énervait autant. »

 

Caroline Tresca, comédienne et écrivain.

Caroline Tresca« Non, parce que j’ai vécu le gouffre de voir mon fils entre la vie et la mort. Il a aujourd’hui 15 ans et commence à voler de ses propres ailes, mais il est né avec une malformation des voies biliaires et une fente labiopalatine. Ma philosophie de la vie m’a permis d’accepter plutôt facilement ce démarrage douloureux : je pense que les enfants ne nous appartiennent pas et que les aléas de la vie sont là pour nous faire grandir. Je ne me souviens pas d’avoir été accablée, certainement parce que, par bonheur, ce n’était pas mon premier enfant. Cette épreuve m’a donné des bottes de sept lieues. J’y ai gagné quinze ans en maturité. Lui n’a pas souffert du regard dur que l’on porte parfois sur la différence, il n’a jamais eu de problème par rapport à son physique. Je lui ai toujours dit qu’il était le plus beau de la maternité. Et c’est vrai, il est très beau ! »

 

Pascal Bataille, animateur de télévision.

Pascal Bataille

« Je me sens concerné plus que touché. Quand je me fais le relais d’initiatives dans l’émission « Utile » sur LCI, c’est une affaire d’engagement citoyen plus que de sensibilité. Je n’ai jamais connu le handicap de très près. Si ce n’est que j’entends mal d’une oreille et qu’à 14 ans, après un accident cérébral, j’ai fait l’expérience pendant quelques semaines d’être totalement sourd. En y repensant, il y a certainement eu, dans ma vie, des liens qui m’ont rendu attentif. J’ai une cousine handicapée mentale que je voyais l’été en famille. Et puis, surtout, mon meilleur ami, entre 8 et 13 ans, avait des séquelles de polio. Il arrivait à marcher malgré ses déformations. Je me souviens de parties de foot endiablées dans son jardin, nous étions inséparables. Mais je n’avais jamais fait le lien entre ces souvenirs et mon engagement d’aujourd’hui ! »


 

 
 
     
 
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Chroniqueur au magazine Déclic, Thierry Decloitre, est l’auteur de L’éternelle spectatrice, aux éditions Desclée de Brouwer.
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