Comment comprendre un enfant privé de langage ? Quelles méthodes utiliser pour lui permettre de s’exprimer autrement ? Une trentaine de parents étaient invités par l’association Une Souris verte, à Lyon, le 6 avril 2010, pour échanger sur ce thème. Extraits.
Les participants Olivier, papa d’Alexandre, 5 ans, autiste. Valérie L., maman de Louison, 13 ans, atteinte d’autisme et de déficience visuelle. Corinne, maman d’Annabelle, 7 ans, polyhandicapée. Valérie B. et Laurent, parents d’Anthéa, 4 ans et demi, épileptique et atteinte de troubles neuromoteurs. Paola, éducatrice de jeunes enfants, travaille auprès d’Anthéa. Mathilde, maman de Pénélope, 4 ans et demi, atteinte du syndrome CDG Ia. Christian, papa de Mélany, 19 ans, infirme motrice cérébrale. René et Claire, parents de Loïc, 7 ans, atteint de trisomie 21. Dalila, maman de Seliha, 5 ans et demi, atteinte d’un retard de développement. Marie-Pierre, maman d’une jeune fille autiste de 14 ans. Nicolas, directeur de l’association Une Souris verte. Dominique Heloir, orthophoniste dans un Sessad.
Il n’y a pas que la parole Paola (éducatrice de jeunes enfants). Je travaille avec les parents d’Anthéa pour décrypter ses vocalises et ses babillages. Nous savons quand elle est heureuse : ses cris deviennent presque des chants. Valérie B. Oui, Anthéa ne parle pas, mais elle a plein de moyens d’expression. Quand on la connaît, on sait ce qu’elle est capable de dire par des mouvements et différentes sonorités. Mathilde. Moi, je m’interroge sur la qualité des échanges que je peux avoir avec ma fille. On ne lui demande jamais si elle se souvient de quelque chose ou de quelqu’un. Je me sens frustrée de ne pas l’impliquer au-delà du quotidien. Pour moi, savoir si elle est bien assise n’est pas le plus important. Vous aussi, vous avez ce sentiment de passer à côté de l’essentiel ? Olivier. Vous pourriez utiliser la vidéo pour lui montrer de temps en temps des films des événements passés. Vous verrez qu’elle manifestera des émotions. Christian. Avec notre fille Mélany, nous travaillons sur des photos, des dessins. Il n’y a pas un seul moyen de communiquer avec elle, mais plusieurs. Mathilde. Vous utilisez tous ces supports à la fois ? Christian. Ça dépend des moments. Mélany se souvient de tout, on le voit à son visage devant les photos de gens qu’elle connaît, par exemple sa grand-mère. Essayez et vous verrez !
Des pictos, des signes et du temps Claire. Nous avons découvert un livre formidable, Signe avec moi, et puis nous avons testé la méthode Makaton. Pour que ce soit encore plus efficace, je vais de temps en temps à l’école montrer aux enseignants et aux enfants comment signer pour communiquer avec notre fils. Olivier. Est-ce que tous les signes sont identiques ? Dominique Heloir (orthophoniste). La langue des signes française est un langage à part entière utilisé par les personnes sourdes. La méthode Makaton reprend certains de ces signes. Quand on parle et signe en même temps, le débit de parole se ralentit et laisse plus de temps à l’enfant pour comprendre. Dalila. Cet outil m’intéresse, mais je m’interroge quand même. L’établissement me suggère d’établir un code unique entre Seliha et moi, mais j’aimerais bien qu’elle soit comprise aussi par d’autres personnes. René. Il faut du temps pour bâtir un langage avec son enfant. En plus, pour moi, c’est plus long, parce que je rentre à la maison le soir quand il dort ! Marie-Pierre. Ma fille reproduit les phrases entendues, mais elle a du mal à répondre de façon appropriée. Quand je lui demande ce qu’elle a fait le matin, elle dit qu’elle est allée à la patinoire – ce qui est faux – comme s’il fallait qu’elle dise quelque chose. Elle pense peut-être que c’est ce que j’ai envie d’entendre. Comment sortir de ce langage stéréotypé ? Valérie L. Il y a la méthode PECS, qui est un système de communication par échange d’images, dont le but est d’encourager l’enfant à parler. N’oublions pas non plus que certains enfants ne connaissent pas les codes d’une conversation, les tours de parole, etc. C’est un apprentissage qui n’a rien de spontané. Mathilde. Les pictogrammes sont une bonne idée, mais est-ce qu’il y a une banque de données commune à toutes ces méthodes ? Nicolas (directeur d’Une Souris verte). Non. Les pictogrammes varient selon les méthodes, et les codes sont plus ou moins poussés. La plupart du temps, un apprentissage est nécessaire pour que l’enfant associe une image à un concept, et il faut tenir compte de son degré de compréhension. Marie-Pierre. Et la méthode ABA ? On en entend beaucoup parler. Dalila. Je me suis penchée sur cette méthode, parce que ma fille a des traits autistiques. Même si je trouve que l’ABA a de bons côtés, je ne suis pas tout à fait en accord avec son principe de récompenses. Valérie L. Les « renforçateurs » sont effectivement à la base de la méthode ABA, et c’est ce qui heurte certaines personnes. Mais le but est de s’en passer rapidement : on ne va pas donner des chips aux enfants toute la journée ! Ma fille, c’était les toupies. Cela me coûtait cher, et on s’est rendu compte au bout de deux ans que le pictogramme suffisait ! Cette méthode est intéressante, sans être miraculeuse.
Focus sur… Une Souris verte Cette association a été créée en 1989 à Lyon afin de mettre en place une halte-garderie qui accueille des enfants porteurs d’un handicap en compagnie d’autres enfants. Vingt ans plus tard, Une Souris verte continue de sensibiliser à la différence et d’inclure les jeunes enfants en situation de handicap dans la société. Pour cela, elle pilote notamment une structure multiaccueil, anime chaque mois un Café des parents, mais aussi informe les familles et les professionnels grâce à son centre de documentation et au portail de ressources www.enfantdifferent.org Plus d’infos : 04 78 60 52 59,
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